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Voyage scientifique de trois jeunes Sénégalais

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Voyage scientifique de trois jeunes Sénégalais

Capítulo 2 · Voyage scientifique de trois jeunes Sénégalais

Voyage de Boulebané aux mines de Kégnéba.

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» Nous partîmes de Boulebané, le 7 décembre à sept heures du matin, pour aller passer la journée à Barsafé. Il y a beaucoup de longans (jardins) entre Boulebané et Barsafé. Nous arrivâmes à Barsafé (hameau), à onze heures du matin. Nous partîmes de Barsafé à deux heures du soir, pour aller passer la nuit à Sambacola (on y parle le toukoulaure). Il y a beaucoup de tamariniers et de baobabs sur la route et autour de la ville ; nous arrivâmes à Sambacola à cinq heures du soir.

Nous partîmes le lendemain de Sambacola, 8 octobre, à sept heures et demie du matin, pour aller à Cardia, grand village de Toukoulaures ; il y a beaucoup de baobabs ; nous arrivâmes à dix heures et demie du matin, nous y passâmes la journée. Nous partîmes, le lendemain matin, de Cardia, 9 décembre, à six heures et demie du matin (habitants Peuls). Il y a entre Cardia et Sambagala un grand marigot appelé Çofî ; plus près de Sambagala, on y voit beaucoup de longans desséchés pendant l’hivernage, et nous arrivâmes à Sambagala à quatre heures du soir.

Le lendemain, 10 décembre, nous partîmes de Sambagala à six heures du matin, pour aller à Télinegara ; il y a beaucoup de longans et de baobabs d’une dimension extraordinaire. Nous arrivâmes à Télinegara à deux heures et demie (habitants Sarakoullés), pour aller à Didé, village de Sarakoullés : on y voit une belle mosquée où tout le monde se rend à la prière. On voit entre Didé et Sinsandi-Sarakoullé deux volcans qui fument sans cesse. Le diavandon nous assura que ces volcans fumaient toujours dans la bonne saison, et cessaient de fumer à la saison des pluies.

Nous partîmes, le lendemain, 11 décembre, à sept heures du matin ; la route est longue et difficile, elle est remplie d’arbres à épines, d’herbes très élevées et de hautes montagnes dont les unes sont de rochers rouges et les autres de gros rochers noirs. Nous arrivâmes à Sinsandi-Sarakoullé à onze heures du matin.

Nous traversâmes la Falémée, rivière que l’on peut passer à gué en été, mais elle est large et son courant rapide ; nous la traversâmes à neuf heures du matin, le 12 décembre. On y voit de petites pierres de toutes couleurs et des débris de marbre blanc. À la saison de l’hiver, comme il ne pleut plus, la rivière n’est plus qu’un ruisseau ; alors les indigènes viennent creuser et recueillir de l’or dans l’intérieur du lit. On ne creuse que six pouces pour rencontrer la poudre d’or. Les indigènes, en creusant, ne s’occupent qu’à ramasser l’or qui est dans le sable, et rejettent les pierres qui en sont plus chargées.

Une fois qu’on a traversé la rivière, on aperçoit une large et haute chaîne de montagnes. Il est à observer qu’en descendant la rivière, on trouve trois villages de même nom, vis-à-vis les uns des autres : Sinsandi-Sarakoullé, rive gauche ; Sinsandi-Peul, rive droite ; Toumboura-Toukoulaure, des deux rives ; Sambayaïe-Peul, des deux côtés.

Nous passâmes la nuit à Sinsandi-Peul. Le lendemain, 13 décembre, à six heures et demie du matin, nous partîmes de Sinsandi-Peul, pour aller à Toumboura ; nous y arrivâmes à neuf heures du matin. Nous partîmes à deux heures du soir pour Sambayaïe, dont le vice-roi se nomme Malaluré : tout le pays que nous avons parcouru est à l’almamy Sahada. Maintenant tout le pays situé depuis Sinsandi-Peul jusqu’à Kégnéba est à Malaluré, qui dépend lui-même de l’almamy.

Dans tout ce pays, à la moisson, les habitants sont obligés d’envoyer un tribut de deux gros paniers de mil à l’almamy. S’ils y manquent, l’almamy brûle leurs maisons, qui sont de terre glaise et couvertes en paille. Pour aller porter le tribut, on ne fait aucun cadeau, mais, pour visiter l’almamy, l’honneur de le voir coûte un bœuf, ou de l’or, ou quelque chose de prix.

Lorsque l’almamy veut déclarer la guerre, il envoie, quatre jours à l’avance, avertir dans toutes les provinces qui lui sont soumises pour que les hommes s’arment ; si quelqu’un y manque, l’almamy casse le vice-roi. L’almamy a huit femmes, savoir : quatre du premier ordre et quatre concubines. Les concubines se composent de toutes les jeunes filles qui lui plaisent ; il a six enfants.

Pour aller aux mines, il nous fallut faire des cadeaux immenses. Nous offrîmes deux pièces de guinée qui furent refusées ; puis de l’ambre, refusé de même ; enfin nous y ajoutâmes un sac de sel, et il nous accorda la permission tant désirée. Nous discutâmes avec lui et les courtisans, depuis cinq heures jusqu’à huit heures du matin ; il nous donna alors l’un de ses fils pour nous conduire jusqu’aux mines.

Il lui recommanda, quand il serait arrivé dans ce pays qui est gouverné par son fils aîné, de lui dire d’armer beaucoup de monde pour nous conduire aux mines, parce que les Maures et les Mandingues viennent souvent saisir et mener en captivité ceux qui s’y rendent ; de nous donner deux femmes et un homme, pour que l’homme creuse le sable mêlé d’or, et le donne aux femmes à travailler, devant nous.

Nous partîmes donc à huit heures du matin, 14 décembre, pour aller à Kégnéba, où règne le fils aîné du roi, comme nous l’avons déjà dit. Nous arrivâmes à Kégnéba à douze heures et demie du matin, route longue et remplie de cailloux et de grands joncs ; on y voit des cases de Peuls abandonnées ; nous y passâmes la journée et y couchâmes.

Le lendemain, 15 décembre, à sept heures du matin, la troupe était prête, armée de fusils et de lances. Le prince qui nous conduisait était monté à cheval, et nous, sur nos ânes ; nous partîmes à sept heures ; nous traversâmes une épaisse forêt, nous arrivâmes à huit heures du matin aux mines.

Elles ont huit ouvertures qui sont placées dans un vallon entre deux hautes montagnes. De plus, on y voit des ouvertures commencées et inachevées : on voit à la droite des mines, côté nord, une montagne élevée couverte d’arbres où se trouve une autre mine ; on nous dit que quiconque y toucherait mourrait ou perdrait la raison ; nous voulûmes persister à y aller, le prince s’y refusa opiniâtrement. On nous dit qu’en ce lieu, le fer n’était point dans la terre, mais mêlé avec le sable extérieur.

Voyage scientifique de trois jeunes Sénégalais

Sinopse

Texte français intégral du journal collectif du voyage scientifique accompli en 1843 par Edmond Lejuge, Ferdinand Gérardot et Honoré Lamotte, publié dans Esquisses sénégalaises en 1853.

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