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Les misérables Tome I: Fantine

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Les misérables Tome I: Fantine

Capítulo 55 · Les misérables Tome I: Fantine

Chapitre I

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Chapitre I

Commencement du repos

M. Madeleine fit transporter la Fantine à cette infirmerie qu'il avait
dans sa propre maison. Il la confia aux soeurs qui la mirent au lit. Une
fièvre ardente était survenue. Elle passa une partie de la nuit à
délirer et à parler haut. Cependant elle finit par s'endormir.

Le lendemain vers midi Fantine se réveilla, elle entendit une
respiration tout près de son lit, elle écarta son rideau et vit M.
Madeleine debout qui regardait quelque chose au-dessus de sa tête. Ce
regard était plein de pitié et d'angoisse et suppliait. Elle en suivit
la direction et vit qu'il s'adressait à un crucifix cloué au mur.

M. Madeleine était désormais transfiguré aux yeux de Fantine. Il lui
paraissait enveloppé de lumière. Il était absorbé dans une sorte de
prière. Elle le considéra longtemps sans oser l'interrompre. Enfin elle
lui dit timidement:

--Que faites-vous donc là?

M. Madeleine était à cette place depuis une heure. Il attendait que
Fantine se réveillât. Il lui prit la main, lui tâta le pouls, et
répondit:

--Comment êtes-vous?

--Bien, j'ai dormi, dit-elle, je crois que je vais mieux. Ce ne sera
rien.

Lui reprit, répondant à la question qu'elle lui avait adressée d'abord,
comme s'il ne faisait que de l'entendre:

--Je priais le martyr qui est là-haut.

Et il ajouta dans sa pensée: «Pour la martyre qui est ici-bas.»

M. Madeleine avait passé la nuit et la matinée à s'informer. Il savait
tout maintenant. Il connaissait dans tous ses poignants détails
l'histoire de Fantine. Il continua:

--Vous avez bien souffert, pauvre mère. Oh! ne vous plaignez pas, vous
avez à présent la dot des élus. C'est de cette façon que les hommes font
des anges. Ce n'est point leur faute; ils ne savent pas s'y prendre
autrement. Voyez-vous, cet enfer dont vous sortez est la première forme
du ciel. Il fallait commencer par là.

Il soupira profondément. Elle cependant lui souriait avec ce sublime
sourire auquel il manquait deux dents.

Javert dans cette même nuit avait écrit une lettre. Il remit lui-même
cette lettre le lendemain matin au bureau de poste de Montreuil-sur-mer.
Elle était pour Paris, et la suscription portait: À _monsieur
Chabouillet, secrétaire de monsieur le préfet de police_. Comme
l'affaire du corps de garde s'était ébruitée, la directrice du bureau de
poste et quelques autres personnes qui virent la lettre avant le départ
et qui reconnurent l'écriture de Javert sur l'adresse, pensèrent que
c'était sa démission qu'il envoyait.

M. Madeleine se hâta d'écrire aux Thénardier. Fantine leur devait cent
vingt francs. Il leur envoya trois cents francs en leur disant de se
payer sur cette somme, et d'amener tout de suite l'enfant à
Montreuil-sur-mer où sa mère malade la réclamait.

Ceci éblouit le Thénardier.

--Diable! dit-il à sa femme, ne lâchons pas l'enfant. Voilà que cette
mauviette va devenir une vache à lait. Je devine. Quelque jocrisse se
sera amouraché de la mère.

Il riposta par un mémoire de cinq cents et quelques francs fort bien
fait. Dans ce mémoire figuraient pour plus de trois cents francs deux
notes incontestables, l'une d'un médecin, l'autre d'un apothicaire,
lesquels avaient soigné et médicamenté dans deux longues maladies
Éponine et Azelma. Cosette, nous l'avons dit, n'avait pas été malade. Ce
fut l'affaire d'une toute petite substitution de noms. Thénardier mit au
bas du mémoire: _reçu à compte trois cents francs_.

M. Madeleine envoya tout de suite trois cents autres francs et écrivit:
Dépêchez-vous d'amener Cosette.

--Christi! dit le Thénardier, ne lâchons pas l'enfant.

Cependant Fantine ne se rétablissait point. Elle était toujours à
l'infirmerie. Les soeurs n'avaient d'abord reçu et soigné «cette fille»
qu'avec répugnance. Qui a vu les bas-reliefs de Reims se souvient du
gonflement de la lèvre inférieure des vierges sages regardant les
vierges folles. Cet antique mépris des vestales pour les ambulaïes est
un des plus profonds instincts de la dignité féminine; les soeurs
l'avaient éprouvé, avec le redoublement qu'ajoute la religion. Mais, en
peu de jours, Fantine les avait désarmées. Elle avait toutes sortes de
paroles humbles et douces, et la mère qui était en elle attendrissait.
Un jour les soeurs l'entendirent qui disait à travers la fièvre:

--J'ai été une pécheresse, mais quand j'aurai mon enfant près de moi,
cela voudra dire que Dieu m'a pardonné. Pendant que j'étais dans le mal,
je n'aurais pas voulu avoir ma Cosette avec moi, je n'aurais pas pu
supporter ses yeux étonnés et tristes. C'était pour elle pourtant que je
faisais le mal, et c'est ce qui fait que Dieu me pardonne. Je sentirai
la bénédiction du bon Dieu quand Cosette sera ici. Je la regarderai,
cela me fera du bien de voir cette innocente. Elle ne sait rien du tout.
C'est un ange, voyez-vous, mes soeurs. À cet âge-là, les ailes, ça n'est
pas encore tombé.

M. Madeleine l'allait voir deux fois par jour, et chaque fois elle lui
demandait:

--Verrai-je bientôt ma Cosette?

Il lui répondait:

--Peut-être demain matin. D'un moment à l'autre elle arrivera, je
l'attends.

Et le visage pâle de la mère rayonnait.

--Oh! disait-elle, comme je vais être heureuse!

Nous venons de dire qu'elle ne se rétablissait pas. Au contraire, son
état semblait s'aggraver de semaine en semaine. Cette poignée de neige
appliquée à nu sur la peau entre les deux omoplates avait déterminé une
suppression subite de transpiration à la suite de laquelle la maladie
qu'elle couvait depuis plusieurs années finit par se déclarer
violemment. On commençait alors à suivre pour l'étude et le traitement
des maladies de poitrine les belles indications de Laennec. Le médecin
ausculta Fantine et hocha la tête.

M. Madeleine dit au médecin:

--Eh bien?

--N'a-t-elle pas un enfant qu'elle désire voir? dit le médecin.

--Oui.

--Eh bien, hâtez-vous de le faire venir.

M. Madeleine eut un tressaillement.

Fantine lui demanda:

--Qu'a dit le médecin?

M. Madeleine s'efforça de sourire.

--Il a dit de faire venir bien vite votre enfant. Que cela vous rendra
la santé.

--Oh! reprit-elle, il a raison! Mais qu'est-ce qu'ils ont donc ces
Thénardier à me garder ma Cosette! Oh! elle va venir. Voici enfin que je
vois le bonheur tout près de moi!

Le Thénardier cependant ne «lâchait pas l'enfant» et donnait cent
mauvaises raisons. Cosette était un peu souffrante pour se mettre en
route l'hiver. Et puis il y avait un reste de petites dettes criardes
dans le pays dont il rassemblait les factures, etc., etc.

--J'enverrai quelqu'un chercher Cosette, dit le père Madeleine. S'il le
faut, j'irai moi-même.

Il écrivit sous la dictée de Fantine cette lettre qu'il lui fit signer:

«Monsieur Thénardier,

«Vous remettrez Cosette à la personne.

«On vous payera toutes les petites choses.

«J'ai l'honneur de vous saluer avec considération.

«Fantine.»

Sur ces entrefaites, il survint un grave incident. Nous avons beau
tailler de notre mieux le bloc mystérieux dont notre vie est faite, la
veine noire de la destinée y reparaît toujours.

Les misérables Tome I: Fantine

Sinopse

Texto original em FR preservado no Literunico para leitura comparada com a edição/tradução da Copa Literunico. Fonte-base: https://www.gutenberg.org/ebooks/17489

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