Universo da obra
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« Nous partîmes de Bakel pour les mines de Kégnéba avec M. Huart, pharmacien naturaliste et chef de l’expédition, M. Raffenel, commis de marine, et M. Polin-Patterson, indigène du Sénégal, le 28 novembre 1843. Nous avions trois chevaux et douze ânes ; nous avons pendant quelque temps côtoyé le fleuve du Sénégal, traversé les longans (1) de Bakel ; nous avons laissé à droite, c’est-à-dire au sud-ouest, le mont aux Singes, où il y a beaucoup de singes qui aboient comme des chiens, qui battent quelquefois les voyageurs. C’est une montagne détachée, remplie de grottes habitées par ces singes ; on y voit d’autres montagnes détachées, plus éloignées (2).
(1) On appelle longan les champs cultivés en Afrique.
(2) Nous rappellerons ici l’observation que nous avons faite plus haut à l’occasion de la lettre de nos trois jeunes Sénégalais. Cette relation de leur voyage pèche surtout par l’uniformité du style et par les redites continuelles, mais on a voulu lui conserver, ainsi qu’à la lettre, sa physionomie.
Nous entrâmes dans des plaines remplies d’arbres, de foin et de longans ; nous traversâmes un monticule chargé de cailloux et des plaines remplies d’arbres touffus. Nous arrivâmes à sept heures du soir à Gougnomsissé ; c’est un grand village dans la plaine avec nombre de longans ; nous y passâmes la nuit. Là, nous commençâmes à apercevoir une chaîne de montagnes.
Le lendemain, 29 novembre, nous partîmes de Gougnomsissé à sept heures du soir ; nous traversâmes une forêt, nous arrivâmes, à dix heures, à Gongom-Mamadou ; nous nous reposâmes sous un grand tamarinier. Nous y laissâmes les Européens pour se reposer et continuâmes notre route ; nous trouvâmes le grand village de Dara, et nous arrivâmes à Sambacacta à douze heures du matin. Là, nous attendîmes nos co-voyageurs jusqu’à quatre heures du soir ; en arrivant dans le village où demeure le roi (marabout), qui nous reçut comme ses enfants, nous remarquâmes un grand fort qui est le palais du roi. Nous y entrâmes ; nous y trouvâmes le roi, qui nous dit que là il n’était aucune femme qui pût nous servir de ce dont nous aurions besoin : il y demeure seul avec son unique femme et des domestiques mâles ; cette femme est la sœur du grand almamy du Bondon. Il nous conduisit dans une autre maison où il y avait beaucoup de monde ; on nous donna un logement pour passer la journée et la nuit ; mais nous étions sans nourriture, et nos compagnons de voyage n’arrivèrent qu’à quatre heures du soir ; ils demandèrent où nous étions et vinrent nous trouver.
Le guide qui nous conduisait nous avait cependant procuré du lait et du kouskou pour nous soutenir jusqu’au soir. Quand ces messieurs furent arrivés, et lorsqu’après avoir acheté des poissons on voulut faire la cuisine, l’âne qui portait les beurres étant resté en route, il fallut aller à la recherche de cet animal qui était tombé de fatigue ; il n’arriva qu’à huit heures et demie du soir.
À cause de nos grandes fatigues, nous passâmes encore à Sambacacta une grande partie de la journée du lendemain, 30 novembre ; nous en partîmes à douze heures et demie pour Somsom : c’est un chemin très boisé ; on y voit de hautes montagnes de pierres rouges ; nous y arrivâmes à six heures du soir. C’est un grand village presque entouré d’un immense marigot ; on y voit, en montant, de grands murs et des tours en terre ; c’est dans ces tours que demeure le prince Roumané, qui y gouverne sous l’almamy ; nous ne couchâmes pas chez lui, mais Boubacar, esclave de l’almamy, nous donna une belle case.
Le lendemain, 1er décembre, nous partîmes de Somsom à cinq heures du matin ; nous vîmes toujours des montagnes à droite (ouest) ; nous marchâmes dans les plaines au travers des longans et des forêts. Nous y vîmes beaucoup de gommiers, de tamarins et d’immenses baobabs, et nous arrivâmes à Dongré à huit heures du matin. La route est belle : dans ce village, comme dans les autres, on creuse dans les marigots desséchés pour avoir de l’eau, à la profondeur d’un mètre environ ; nous nous reposâmes sous un grand tamarinier, et à quatre heures du soir nous partîmes pour Demboubé.
Nous traversâmes des longans très étendus et des marigots desséchés, quelques plaines brisées, et nous arrivâmes, à sept heures du soir, à Demboubé. C’est un grand village défendu par un fort ; nous couchâmes chez le chef du village.
Le 2 décembre, nous partîmes pour Fisadaro, à six heures du soir, et y passâmes la nuit. Le lendemain, 3 décembre, nous partîmes à six heures du matin, et à dix heures du matin nous arrivâmes à Degui, village des marabouts qui se trouve au pied d’une montagne de rochers, où nous nous reposâmes tout le reste du jour.
Le soir, à trois heures, nous prîmes la route de Boulebané ; nous y arrivâmes à six heures du soir ; nous passâmes à Boulebané quatre jours chez l’almamy ou empereur de Bondon, pour lui demander un homme pour nous conduire ; il nous donna un de ses commis, c’est un diavandon, noble du pays ; il se nomme Mamadou-Toucouleurs.
La ville de Boulebané est une grande ville bâtie en pierres avec de la terre glaise. Le palais de l’almamy est grand ; il a des magasins, des galeries à piliers en bois ; la ville est dans la plaine, elle est entourée de murs ; il y a une batterie à quatre canons qui y ont été placés par feu Duranton. Les portes de toutes les maisons sont fermées par des serrures en bois qui sont excessivement solides.
« Pour ouvrir la serrure, on passe la clef par le trou nº 1 ; les dents de la clef soulèvent les barres de fer, alors la serrure est ouverte : pour fermer, on enfonce le morceau de bois, et les barres de fer tombent dans les trous.
(1) Voyez ces serrures à l’Atlas.
Texte français intégral du journal collectif du voyage scientifique accompli en 1843 par Edmond Lejuge, Ferdinand Gérardot et Honoré Lamotte, publié dans Esquisses sénégalaises en 1853.
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