Universo da obra
Universo da obra
Candide ne prit point courage, mais il suivit la vieille dans une
masure: elle lui donna un pot de pommade pour se frotter, lui laissa à
manger et à boire; elle lui montra un petit lit assez propre; il y
avait auprès du lit un habit complet. Mangez, buvez, dormez, lui
dit-elle, et que Notre-Dame d’Atocha[1], monseigneur saint Antoine de
Padoue, et monseigneur saint Jacques de Compostelle prennent soin de
vous! je reviendrai demain. Candide, toujours étonné de tout ce qu’il
avait vu, de tout ce qu’il avait souffert, et encore plus de la charité
de la vieille, voulut lui baiser la main. Ce n’est pas ma main qu’il
faut baiser, dit la vieille; je reviendrai demain. Frottez-vous de
pommade, mangez et dormez.
[1] Sur Notre-Dame d’Atocha, voyez dans les _Mélanges_, année 1769, une
des notes de Voltaire sur son _Extrait d’un journal_ (ou Mémoires de
Dangeau). B.
Candide, malgré tant de malheurs, mangea et dormit. Le lendemain la
vieille lui apporte à déjeuner, visite son dos, le frotte elle-même
d’une autre pommade: elle lui apporte ensuite à dîner: elle revient sur
le soir et apporte à souper. Le surlendemain elle fit encore les mêmes
cérémonies. Qui êtes-vous? lui disait toujours Candide; qui vous a
inspiré tant de bonté? quelles grâces puis-je vous rendre? La bonne
femme ne répondait jamais rien. Elle revint sur le soir, et n’apporta
point à souper: Venez avec moi, dit-elle, et ne dites mot. Elle le
prend sous le bras, et marche avec lui dans la campagne environ un
quart de mille: ils arrivent à une maison isolée, entourée de jardins
et de canaux. La vieille frappe à une petite porte. On ouvre; elle mène
Candide, par un escalier dérobé, dans un cabinet doré, le laisse sur un
canapé de brocart, referme la porte, et s’en va. Candide croyait rêver,
et regardait toute sa vie comme un songe funeste, et le moment présent
comme un songe agréable.
La vieille reparut bientôt; elle soutenait avec peine une femme
tremblante, d’une taille majestueuse, brillante de pierreries, et
couverte d’un voile. Otez ce voile, dit la vieille à Candide. Le jeune
homme approche; il lève le voile d’une main timide. Quel moment! quelle
surprise! il croit voir mademoiselle Cunégonde; il la voyait en effet,
c’était elle-même. La force lui manque, il ne peut proférer une parole,
il tombe à ses pieds. Cunégonde tombe sur le canapé. La vieille les
accable d’eaux spiritueuses, ils reprennent leurs sens, ils se parlent:
ce sont d’abord des mots entrecoupés, des demandes et des réponses qui
se croisent, des soupirs, des larmes, des cris. La vieille leur
recommande de faire moins de bruit, et les laisse en liberté. Quoi!
c’est vous, lui dit Candide, vous vivez! je vous retrouve en Portugal!
On ne vous a donc pas violée? on ne vous a point fendu le ventre, comme
le philosophe Pangloss me l’avait assuré? Si fait, dit la belle
Cunégonde; mais on ne meurt pas toujours de ces deux accidents.—Mais
votre père et votre mère ont-ils été tués?—Il n’est que trop vrai, dit
Cunégonde en pleurant.—Et votre frère?—Mon frère a été tué aussi.—Et
pourquoi êtes-vous en Portugal? et comment avez-vous su que j’y étais?
et par quelle étrange aventure m’avez-vous fait conduire dans cette
maison?—Je vous dirai tout cela, répliqua la dame; mais il faut
auparavant que vous m’appreniez tout ce qui vous est arrivé depuis le
baiser innocent que vous me donnâtes, et les coups de pied que vous
reçûtes.
Candide lui obéit avec un profond respect; et quoiqu’il fût interdit,
quoique sa voix fût faible et tremblante, quoique l’échine lui fît
encore un peu mal, il lui raconta de la manière la plus naïve tout ce
qu’il avait éprouvé depuis le moment de leur séparation. Cunégonde
levait les yeux au ciel: elle donna des larmes à la mort du bon
anabaptiste et de Pangloss; après quoi elle parla en ces termes à
Candide, qui ne perdait pas une parole, et qui la dévorait des yeux.
Texto original em FR preservado no Literunico para leitura comparada com a edição/tradução da Copa Literunico. Fonte-base: https://www.gutenberg.org/files/4650/4650-0.txt
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