Universo da obra
Universo da obra
Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de
Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace
pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel
auto-da-fé[1]; il était décidé par l’université de Coïmbre que le
spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande
cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de
trembler.
[1] Après le tremblement de terre de Lisbonne, on y fit en effet un
autoda-fé, le 20 juin 1756; voyez, tome XXI, le chapitre XXXI du
_Précis du Siècle de Louis XV_. B.
On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa
commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché
le lard: on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son
disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour l’avoir écouté
avec un air d’approbation: tous deux furent menés séparément dans des
appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais
incommodé du soleil: huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un
san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier: la mitre et le
san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées, et de
diables qui n’avaient ni queues ni griffes; mais les diables de
Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites.
Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très
pathétique, suivi d’une belle musique en faux-bourdon. Candide fut
fessé en cadence, pendant qu’on chantait; le Biscayen et les deux
hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et
Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la
terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.
Candide épouvanté, interdit, éperdu, tout sanglant, tout palpitant, se
disait à lui-même: Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que
sont donc les autres? passe encore si je n’étais que fessé, je l’ai été
chez les Bulgares; mais, ô mon cher Pangloss! le plus grand des
philosophes, faut-il vous avoir vu pendre, sans que je sache pourquoi!
ô mon cher anabaptiste! le meilleur des hommes, faut-il que vous ayez
été noyé dans le port! ô mademoiselle Cunégonde! la perle des filles,
faut-il qu’on vous ait fendu le ventre!
Il s’en retournait, se soutenant à peine, prêché, fessé, absous, et
béni, lorsqu’une vieille l’aborda, et lui dit: Mon fils, prenez
courage, suivez-moi.
Texto original em FR preservado no Literunico para leitura comparada com a edição/tradução da Copa Literunico. Fonte-base: https://www.gutenberg.org/files/4650/4650-0.txt
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