Leia agora
Le rouge et le noir

Universo da obra

Le rouge et le noir

Capítulo 71 · Le rouge et le noir

CHAPITRE XLI

71 de 75 ≈ 15 min de leitura

CHAPITRE XLI

LE JUGEMENT

Le pays se souviendra longtemps de ce procès célèbre. L'intérêt pour
l'accusé était porté jusqu'à l'agitation: c'est que son crime était
étonnant et pourtant pas atroce. L'eût-il été, ce jeune homme était si
beau! Sa haute fortune sitôt finie augmentait l'attendrissement. Le
condamneront-ils? demandaient les femmes aux hommes de leur
connaissance, et on les voyait pâlissantes attendre la réponse.

SAINTE-BEUVE.

Enfin parut ce jour, tellement redouté de Mme de Rênal et de Mathilde.

L'aspect étrange de la ville redoublait leur terreur, et ne laissait pas
sans émotion même l'âme ferme de Fouqué. Toute la province était
accourue à Besançon pour voir juger cette cause romanesque.

Depuis plusieurs jours, il n'y avait plus de place dans les auberges. M.
le président des assises était assailli par des demandes de billets,
toutes les dames de la ville voulaient assister au jugement; on criait
dans les rues le portrait de Julien, etc., etc.

Mathilde tenait en réserve pour ce moment suprême une lettre écrite en
entier de la main de Mgr l'évêque de ***. Ce prélat, qui dirigeait
l'Église de France et faisait des évêques, daignait demander
l'acquittement de Julien. La veille du jugement, Mathilde porta cette
lettre au tout-puissant grand vicaire.

A la fin de l'entrevue, comme elle s'en allait fondant en larmes:

--Je réponds de la déclaration du jury, lui dit M. de Frilair sortant
enfin de sa réserve diplomatique, et presque ému lui-même. Parmi les
douze personnes chargées d'examiner si le crime de votre protégé est
constant, et surtout s'il y a eu préméditation, je compte six amis
dévoués à ma fortune, et je leur ai fait entendre qu'il dépendait d'eux
de me porter à l'épiscopat. Le baron Valenod, que j'ai fait maire de
Verrières, dispose entièrement de deux de ses administrés, MM. de Moirod
et de Cholin. A la vérité, le sort nous a donné pour cette affaire deux
jurés fort mal pensants; mais, quoique ultra-libéraux, ils sont fidèles
à mes ordres dans les grandes occasions, et je les ai fait prier de
voter comme M. Valenod. J'ai appris qu'un sixième juré industriel,
immensément riche et bavard libéral, aspire en secret à une fourniture
au ministère de la guerre, et sans doute il ne voudrait pas me déplaire.
Je lui ai fait dire que M. de Valenod a mon dernier mot.

--Et quel est ce M. Valenod? dit Mathilde inquiète.

--Si vous le connaissiez, vous ne pourriez douter du succès. C'est un
parleur audacieux, impudent, grossier fait pour mener des sots. 1814 l'a
pris à la misère, et je vais en faire un préfet. Il est capable de
battre les autres jurés, s'ils ne veulent pas voter à sa guise.

Mathilde fut un peu rassurée.

Une autre discussion l'attendait dans la soirée. Pour ne pas prolonger
une scène désagréable et dont, à ses yeux, le résultat était certain,
Julien était résolu à ne pas prendre la parole.

--Mon avocat parlera, c'est bien assez, dit-il à Mathilde. Je ne serai
que trop longtemps exposé en spectacle à tous mes ennemis. Ces
provinciaux ont été choqués de la fortune rapide que je vous dois, et,
croyez-m'en, il n'en est pas un qui ne désire ma condamnation, sauf à
pleurer comme un sot quand on me mènera à la mort.

--Ils désirent vous voir humilié, il n'est que trop vrai, répondit
Mathilde, mais je ne les crois point cruels. Ma présence à Besançon et
le spectacle de ma douleur ont intéressé toutes les femmes: votre jolie
figure fera le reste. Si vous dites un mot devant vos juges, tout
l'auditoire est pour vous, etc., etc.

Le lendemain à neuf heures, quand Julien descendit de sa prison pour
aller dans la grande salle du palais de justice, ce fut avec beaucoup de
peine que les gendarmes parvinrent à écarter la foule immense entassée
dans la cour. Julien avait bien dormi, il était fort calme et
n'éprouvait d'autre sentiment qu'une pitié philosophique pour cette
foule d'envieux qui, sans cruauté, allaient applaudir à son arrêt de
mort. Il fut bien surpris lorsque retenu plus d'un quart d'heure au
milieu de la foule, il fut obligé de reconnaître que sa présence
inspirait au public une pitié tendre. Il n'entendit pas un seul propos
désagréable. Ces provinciaux sont moins méchants que je ne le croyais,
se dit-il.

En entrant dans la salle du jugement, il fut frappé de l'élégance de
l'architecture. C'était un gothique propre, et une foule de jolies
petites colonnes taillées dans la pierre avec le plus grand soin. Il se
crut en Angleterre.

Mais bientôt toute son attention fut absorbée par douze ou quinze jolies
femmes qui, placées vis-à-vis la sellette de l'accusé, remplissaient les
trois balcons au-dessus des juges et des jurés. En se retournant vers le
public, il vit que la tribune circulaire qui règne au-dessus de
l'amphithéâtre était remplie de femmes: la plupart étaient jeunes et lui
semblèrent fort jolies, leurs yeux étaient brillants et remplis
d'intérêt. Dans le reste de la salle, la foule était énorme, on se
battait aux portes, et les sentinelles ne pouvaient obtenir de silence.

Quand tous les yeux qui cherchaient Julien s'aperçurent de sa présence,
en le voyant occuper la place un peu plus élevée réservée à l'accusé, il
fut accueilli par un murmure d'étonnement et de tendre intérêt.

On eût dit, ce jour-là, qu'il n'avait pas vingt ans; il était mis fort
simplement, mais avec une grâce parfaite, ses cheveux et son front
étaient charmants; Mathilde avait voulu présider elle-même à sa
toilette. La pâleur de Julien était extrême. A peine assis sur la
sellette, il entendit dire de tous côtés:

--Dieu! comme il est jeune! Mais c'est un enfant.... Il est bien mieux
que son portrait.

--Mon accusé, fui dit le gendarme assis à sa droite, voyez-vous ces six
dames qui occupent ce balcon? Le gendarme lui indiquait une petite
tribune en saillie au-dessus de l'amphithéâtre où sont placés les jurés.
C'est Mme la préfète, continua le gendarme, à côté Mme la Marquise de
N***, celle-là vous aime bien; je l'ai entendue parler au juge
d'instruction. Après, c'est Mme Derville...

--Mme Derville! s'écria Julien, et une vive rougeur couvrit son front.
Au sortir d'ici, pensa-t-il, elle va écrire à Mme de Rênal. Il ignorait
l'arrivée de Mme de Rênal à Besançon.

Les témoins furent entendus; cela prit plusieurs heures. Dès les
premiers mots de l'accusation soutenue par l'avocat général, deux de ces
dames placées dans le petit balcon, tout à fait en face de Julien,
fondirent en larmes. Mme Derville ne s'attendrit point ainsi, pensa
Julien. Cependant il remarqua qu'elle était fort rouge.

L'avocat général faisait du pathos en mauvais français sur la barbarie
du crime commis, Julien observa que les voisines de Mme Derville avaient
l'air de le désapprouver vivement. Plusieurs jurés, apparemment de la
connaissance de ces dames leur parlaient et semblaient les rassurer.
Voilà qui ne laisse pas d'être de bon augure, pensa Julien.

Jusque-là il s'était senti pénétré d'un mépris sans mélange pour tous
les hommes qui assistaient au jugement. L'éloquence plate de l'avocat
général augmenta ce sentiment de dégoût. Mais peu à peu la sécheresse
d'âme de Julien disparut devant les marques d'intérêt dont il était
évidemment l'objet.

Il fut content de la mine ferme de son avocat.

--Pas de phrases, lui dit-il tout bas comme il allait prendre la parole.

--Toute l'emphase pillée à Bossuet, qu'on a étalée contre vous, vous a
servi, dit l'avocat.

En effet, à peine avait-il parlé pendant cinq minutes, que presque
toutes les femmes avaient leur mouchoir à la main. L'avocat, encouragé
adressa aux jurés des choses extrêmement fortes. Julien frémit, il se
sentait sur le point de verser des larmes. Grand Dieu! que diront mes
ennemis?

Il allait céder à l'attendrissement qui le gagnait, lorsque,
heureusement pour lui, il surprit un regard insolent de M. le baron de
Valenod.

Les yeux de ce cuistre sont flamboyants, se dit-il; quel triomphe pour
cette âme basse! Quand mon crime n'aurait amené que cette seule
circonstance, je devrais le maudire. Dieu sait ce qu'il dira de moi,
dans les soirées d'hiver, à Mme de Rênal!

Cette idée effaça toutes les autres. Bientôt après, Julien fut rappelé à
lui-même par les marques d'assentiment du public. L'avocat venait de
terminer sa plaidoirie. Julien se souvint qu'il était convenable de lui
serrer la main. Le temps avait passé rapidement.

On apporta des rafraîchissements à l'avocat et à l'accusé. Ce fut alors
seulement que Julien fut frappé d'une circonstance: aucune femme n'avait
quitté l'audience pour aller dîner.

--Ma foi, je meurs de faim, dit l'avocat, et vous?

--Moi de même, répondit Julien.

--Voyez, voilà Mme la préfète qui reçoit aussi son dîner, lui dit
l'avocat en lui indiquant le petit balcon. Bon courage, tout va bien.

La séance recommença.

Comme le président faisait son résumé, minuit sonna. Le président fut
obligé de s'interrompre, au milieu du silence de l'anxiété universelle,
le retentissement de la cloche de l'horloge remplissait la salle.

Voilà le dernier de mes jours qui commence, pensa Julien. Bientôt il se
sentit enflammé par l'idée du devoir. Il avait dominé jusque-là son
attendrissement, et gardé sa résolution de ne point parler; mais quand
le président des assises lui demanda s'il avait quelque chose à ajouter,
il se leva. Il voyait devant lui les yeux de Mme Derville qui, aux
lumières, lui semblèrent bien brillants. Pleurerait-elle, par hasard?
pensa-t-il.

«Messieurs les jurés,

»L'horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la
mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n'ai point l'honneur
d'appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s'est
révolté contré la bassesse de sa fortune.

»Je ne vous demande aucune grâce continua Julien en affermissant sa
voix. Je ne me fais point illusion, la mort m'attend: elle sera juste.
J'ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les
respects, de tous les hommages. Mme de Rênal avait été pour moi comme
une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J'ai donc mérité la
mort, messieurs les jurés. Quand je serais moins coupable, je vois des
hommes qui, sans s'arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié,
voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens
qui, nés dans un ordre inférieur, et en quelque sorte opprimés par la
pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l'audace
de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société.

»Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d'autant plus de
sévérité, que, dans le fait, je ne suis point jugé par mes pairs. Je ne
vois point sur les bancs des jurés quelque paysan enrichi, mais
uniquement des bourgeois indignés....»

Pendant vingt minutes, Julien parla sur ce ton; il dit tout ce qu'il
avait sur le coeur; l'avocat général, qui aspirait aux faveurs de
l'aristocratie, bondissait sur son siège; mais malgré le tour un peu
abstrait que Julien avait donné à la discussion toutes les femmes
fondaient en larmes. Mme Derville elle-même avait son mouchoir sur ses
yeux. Avant de finir, Julien revint à la préméditation, à son repentir,
au respect, à l'adoration filiale et sans bornes que, dans des temps
plus heureux, il avait pour Mme de Rênal... Mme Derville jeta un cri et
s'évanouit.

Une heure sonnait comme les jurés se retiraient dans leur chambre.
Aucune femme n'avait abandonné sa place; plusieurs hommes avaient les
larmes aux yeux. Les conversations furent d'abord très vives, mais peu à
peu, la décision du jury se faisant attendre, la fatigue générale
commença à jeter du calme dans l'assemblée. Ce moment était solennel;
les lumières jetaient moins d'éclat. Julien, très fatigué, entendait
discuter auprès de lui la question de savoir si ce retard était de bon
ou de mauvais augure. Il vit avec plaisir que tous les voeux étaient
pour lui; le jury ne revenait point, et cependant aucune femme ne
quittait la salle.

Comme deux heures venaient de sonner, un grand mouvement se fit
entendre. La petite porte de la chambre des jurés s'ouvrit. M. le baron
de Valenod s'avança d'un pas grave et théâtral, il était suivi de tous
les jurés. Il toussa, puis déclara qu'en son âme et conscience la
déclaration unanime du jury était que Julien Sorel était coupable de
meurtre, et de meurtre avec préméditation: cette déclaration entraînait
la peine de mort; elle fut prononcée un instant après. Julien regarda sa
montre, et se souvint de M. de Lavalette, il était deux heures et un
quart. C'est aujourd'hui vendredi, pensa-t-il.

Oui, mais ce jour est heureux pour le Valenod qui me condamne... Je suis
trop surveillé pour que Mathilde puisse me sauver comme fit Mme de
Lavalette... Ainsi, dans trois jours, à cette même heure, je saurai à
quoi m'en tenir sur le _grand peut-être_.

En ce moment, il entendit un cri et fut rappelé aux choses de ce monde.
Les femmes autour de lui sanglotaient il vit que toutes les figures
étaient tournées vers une petite tribune pratiquée dans le couronnement
d'un pilastre gothique. Il sut plus tard que Mathilde s'y était cachée.
Comme le cri ne se renouvela pas, tout le monde se remit à regarder
Julien, auquel les gendarmes cherchaient à faire traverser la foute.

Tâchons de ne pas apprêter à rire à ce fripon de Valenod pensa Julien.
Avec quel air contrit et patelin il a prononcé la déclaration qui
entraîne la peine de mort! tandis que ce pauvre président des assises,
tout juge qu'il est depuis nombre d'années, avait la larme à l'oeil en
me condamnant. Quelle joie pour le Valenod de se venger de notre
ancienne rivalité auprès de Mme de Rênal!... Je ne la verrai donc plus!
C'en est fait... Un dernier adieu est impossible entre nous, je le
sens... Que j'aurais été heureux de lui dire toute l'horreur que j'ai de
mon crime!

Seulement ces paroles: Je me trouve justement condamné.

Le rouge et le noir

Sinopse

Texto original em FR preservado no Literunico para leitura comparada com a edição/tradução da Copa Literunico. Fonte-base: https://www.gutenberg.org/files/798/798-0.txt

Le rouge et le noir

Resenhas do livro

0 publicadas

Ainda não há resenhas para esta obra. A primeira leitura comentada pode começar aqui.

Ir para o carrinho
Mercado de Le rouge et le noir

Leve um fragmento deste universo

Escolha a arte, confira a disponibilidade e adicione o produto ao carrinho sem sair da experiência.

Nenhum livro físico está disponível neste universo.
Relíquias da Obra

Adquira Relíquias da Obra e deixe sua marca registrada, criando valor ao item!

Aguardando Aprovação do Autor
Aguardando grupo autoral Le rouge et le noir Escolha uma Relíquia e envie uma proposta de aquisição, mesmo antes da ativação.
100Relíquias
0Titulares
0 Passagens
Central de RelíquiasDescubra coleções de outros universos e obras.
ver todas
Capítulo 71 carregado no app · 1 livro conectado 1/1
Abrir leitor completo

Capítulos disponíveis para continuar a leitura.

Capítulos de Le rouge et le noir

Todos os capítulos 75 disponíveis

Donos de Relíquias

0 titulares

Nenhuma Relíquia desta obra foi adquirida ainda. Seja o primeiro a eternizar seu nome no acervo oficial!

Conhecer as 100 Relíquias

Resenhas do livro

0 publicadas

Ainda não há resenhas para esta obra. A primeira leitura comentada pode começar aqui.

Entrar para resenhar

Posses do livro

0 Leitores com posse
0 Unidades registradas

Nenhuma posse foi registrada publicamente para esta edição.

Adicionais do Universo

Visual ClássicoAbra a leitura editorial, no estilo de uma página de livro
ler
Visual AuroraApresentação imersiva do universo da obra
abrir