Universo da obra
Universo da obra
L'année ayant été bonne, Claes acheta pour sept florins un âne & neuf rasières de
pois, & il monta un matin sur sa bête. Ulenspiegel se tenait en croupe derrière lui.
Ils allaient, en cet équipage, saluer leur oncle & frère aîné, Josse Claes, demeurant
non loin de Meyberg, au pays d'Allemagne.
Josse, qui fut simple & doux de coeur en son bel âge, ayant souffert de diverses
injustices, devint quinteux; son sang tourna en bile noire, il prit les hommes en haine
& vécut solitaire.
Son plaisir fut alors de faire s'entre-battre deux soi-disant fidèles amis; & il baillait
trois patards à celui des deux qui daubait l'autre le plus amèrement.
Il aimait aussi de rassembler, en une salle bien chauffée, des commères en grand
nombre & des plus vieilles & hargneuses, & leur donnait à manger du pain rôti & à
boire de l'hypocras.
Il baillait à celles qui avaient plus de soixante ans de la laine à tricoter en quelque
coin, leur recommandant,au demeurant, de bien toujours laisser croître leurs ongles.
Et c'était merveille à entendre que les gargouillements, clapotements de langue,
méchants babils, toux & crachements aigres de ces vieilles hou-hous, qui, leurs
affiquets sous l'aisselle, grignotaient en commun l'honneur du prochain.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
15
Quand il les voyait bien animées, Josse jetait dans le feu une brosse, du rôtissement
de laquelle l'air était tout soudain empuanti.
Les commères alors, parlant toutes à la fois, s'entre-accusaient d'être la cause
de l'odeur; toutes niant le fait, elles se prenaient bientôt aux cheveux, & Josse jetait
encore des brosses dans le feu & par terre du crin coupé. Quand il n'y pouvait plus
voir, tant la mêlée était furieuse, la fumée épaisse & la poussière haut soulevée, il
allait quérir deux siens valets déguisés en sergents de la commune, lesquels
chassaient les vieilles de la salle à grands coups de gaule, comme un troupeau
d'oies furieuses.
Et Josse, considérant le champ de bataille, y trouvait des lambeaux de cottes, de
chausses, de chemises & vieilles dents.
Et bien mélancolique il se disait:
- Ma journée est perdue, aucune d'elles n'a laissé sa langue dans la mêlée.
Texte original en français de La Légende d’Ulenspiegel, roman épique et picaresque de Charles De Coster.
Édition française de 1869 publiée dans Aurora Literunico avec lien direct vers la traduction brésilienne.
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