Universo da obra
Universo da obra
Un homme de Damme, ne pouvant payer à Claes son charbon, lui donna son
meilleur meuble, qui était une arbalète avec douze carreaux bien affilés pour servir
de projectiles.
Aux heures où l'ouvrage chômait, Claes tirait de l'arbalète: plus d'un lièvre fut tué
par lui & réduit en fricaffée pour avoir trop aimé les choux.
Claes alors mangeait goulûment, & Soetkin disait, regardant la grand'route déferte:
- Thyl, mon fils, ne sens-tu point le parfum des sauces? Il a faim maintenant sans
doute. Et toute songeuse, elle eût voulu lui garder sa part du festin.
- S'il a faim, disait Claes, c'est de sa faute; qu'il revienne, il mangera comme nous.
Claes avait des pigeons; il aimait, de plus, à entendre chanter & pépier autour de
lui les fauvettes, chardonnerets, moineaux & autres oifeaux chanteurs ou babillards.
Aussi tirait-il volontiers les buses & les éperviers royaux mangeurs de populaire.
Or, une fois qu'il mesurait du charbon dans la cour, Soetkin lui montra un grand
oiseau planant en l'air au-dessus du colombier.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
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Claes prit son arbalète & dit:
- Que le diable sauve Son Épervialité!
Ayant armé son arquebuse, il se tint dans la cour en suivant tous les mouvements
de l'oiseau, afin de ne pas le manquer. La clarté du ciel était entre jour & nuit. Claes
ne pouvait distinguer qu'un point noir. Il lâcha le carreau & vit tomber dans la cour
une cigogne.
Claes en fut bien marri; mais Soetkin le fut davantage & s'écria:
- Méchant, tu as tué l'oiseau de Dieu.
Puis elle prit la cigogne, vit qu'elle n'était blessée qu'à l'aile, alla quérir du baume,
& disait tout en lui vêtissant sa plaie:
- Cigogne, m'amie, il n'est habile à toi que l'on aime de planer dans le ciel comme
l'épervier que l'on hait. Aussi les flèches populaires vont-elles à mauvaise adresse.
As-tu mal à ta pauvre aile, cigogne, qui te laisses faire si patiemment, sachant que
nos mains sont des mains amies?
Quand la cigogne fut guérie, elle eut à manger tout ce qu'elle voulut; mais elle
mangeait de préférence le poisson que Claes allait pêcher pour elle dans le canal.
Et chaque fois que l'oiseau de Dieu le voyait venir, il ouvrait son grand bec.
Il suivait Claes comme un chien, mais restait plus volontiers dans la cuisine, se
chauffant au feu l'estomac & frappant du bec sur le ventre de Soetkin préparant le
dîner, comme pour lui dire:
- N'y a-t-il rien pour moi?
Et il était plaisant de voir par la chaumière vaguer sur ses longues pattes cette
grave messagère de bonheur.
Texte original en français de La Légende d’Ulenspiegel, roman épique et picaresque de Charles De Coster.
Édition française de 1869 publiée dans Aurora Literunico avec lien direct vers la traduction brésilienne.
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