Universo da obra
Universo da obra
Comme le chariot roulait sur une digue entre un étang & un canal, Ulenspiegel, tout
songeur, caressait sur sa poitrine les cendres de Claes. Il se demandait si la vision
était mensonge ou vérité, si ces esprits s'étaient gaussés de lui ou s'ils lui avaient
énigmatiquement dit ce qu'il lui fallait vraiment trouver pour rendre heureuse la terre
des pères.
En vain se tarabustant l'entendement, il ne pouvait trouver ce que signifiaient les
Sept & la Ceinture.
Songeant à l'empereur mort, au roi vivant, à la gouvernante, au pape de Rome,
au grand inquisiteur, au général des jésuites, il trouvait là six grands bourreaux de
pays qu'il eût voulu brûler tout vifs incontinent. Mais
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
185
il pensa que ce n'était point eux, car ils étaient trop aisés à brûler, ainsi devaient-ils
être en un autre lieu.
Et il répétait toujours en son esprit:
Quand le septentrion
Baisera le couchant,
Ce sera fin de ruines.
Aime les Sept
Et la Ceinture.
- Las! se disait-il, en mort, sang & larmes, trouver sept, brûler sept, aimer sept! Mon
pauvre esprit se morfond, car qui donc brûle ses amours?
Le chariot ayant déjà mangé bien du chemin, ils entendirent un bruit de pas sur
le sable & une voix qui chantait:
Vous qui passez, avez-vous vu
Le fol ami que j'ai perdu?
Il chemine au hasard, sans règle;
L'avez-vous vu?
Comme de l'agneau fait un aigle,.
Il prit mon coeur au dépourvu.
Il est homme, mais point barbu,
L'avez-vous vu?
Si le trouvez, dites que Nele
Est bien lasse d'avoir couru.
Mon aimé Thyl, ou donc es-tu?
L'avez-vous vu?
Sait-il que languit tourterelle
Quand elle a son homme perdu?
Ainsi de plus d'un coeur fidèle.
L'avez-vous vu?
Ulenspiegel frappa sur le ventre de Lamme & lui dit:
- Retiens ton souffle, grosse bedaine.
- Las! répondit Lamme, c'est bien dur à un homme de ma corpulence.
Mais Ulenspiegel, ne l'écoutant point, se cacha derrière la toile du chariot, &
imitant la voix d'un touffeux fredonnant après boire, il chanta:
Ton fol ami, je l'ai bien vu,
Dans un chariot vermoulu,
Assis auprès d'un gros goulu,
Je l'ai bien vu.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
186
- Thyl, dit Lamme, tu as la langue mauvaise, ce matin.
Ulenspiegel, sans l'entendre, passait la tête hors d'un trou de la toile & disait:
- Nele, me reconnais-tu?
Elle de peur saisie, pleurant & riant en même temps, car elle avait les joues
mouillées, lui dit:
- Je te vois, traître vilain!
- Nele, dit Ulenspiegel, si vous me voulez battre, j'ai céans un bâton. Il est pesant
pour faire pénétrer les coups & noueux pour en laisser la marque.
- Thyl, dit Nele, t'en vas-tu vers les Sept?
- Oui, répondit Ulenspiegel.
Nele portait une gibecière qui semblait prête à crever, tant elle était remplie:
- Thyl, dit-elle en la lui tendant, j'ai pensé qu'il était malsain à un homme de
voyager sans prendre avec lui une bonne oie grasse, un jambon & des saucissons
de Gand. Et il faut manger ceci en mémoire de moi.
Comme Ulenspiegel regardait Nele & ne songeait du tout à prendre la gibecière,
Lamme, poussant la tête à un autre trou de la toile, dit:
- Fillette prévoyante, s'il n'accepte point, c'est par oubli; mais baille-moi ce jambon,
donne-moi cette oie, octroie-moi ces saucissons: je les lui garderai.
- Quelle est, dit Nele, cette bonne trogne?
- C'est, répondit Ulenspiegel, une victime de mariage qui, rongée de douleur,
sécherait comme pomme au four, s'il ne réparait ses forces par une incessante
nourriture.
- Tu l'as dit, mon fils, soupirait Lamme.
Le soleil, qui brillait, chauffait bien ardemment la tête de Nele. Elle se couvrit de
son tablier. Voulant être seul avec elle, il dit à Lamme:
- Vois-tu cette femme vaguer là par la prairie?
- Je la vois, dit Lamme:
- La reconnais-tu?
- Là! dit Lamme, serait-ce la mienne? Elle n'est point vêtue comme bourgeoise.
- Tu doutes encore, aveugle taupe, dit Ulenspiegel.
- Si ce n'était point elle? dit Lamme.
- Tu n'y perdras rien, il y a là à gauche, vers le septentrion, un kaber-
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
187
doesje où tu trouveras bonne bruinbier. Nous irons t'y rejoindre. Et voici du jambon
pour saler ta soif de nature.
Lamme, sortant du chariot, courut le grand pas vers la femme qui se trouvait dans
la prairie.
Ulenspiegel dit à Nele:
- Que ne viens-tu près de moi?
Puis, l'aidant à monter dans le chariot, il l'assit près de lui, lui ôta le tablier de la
tête & le manteau des épaules; puis lui donnant cent baisers, il dit:
- Où t'en allais-tu, aimée?
Elle ne répondit rien, mais elle semblait toute ravie en extase. Et Ulenspiegel,
ravi comme elle, lui dit:
- Te voici donc! Les roses-églantiers dans les haies n'ont pas le doux incarnat de
ta peau fraîche. Tu n'es point reine, mais laisse-moi te faire une couronne de baisers.
Bras mignons tout doux, tout rosés, qu'Amour fit tout exprès pour l'embrassement!
Ah! fillette aimée, mes rugueusesmains de mâle ne faneront-ellespoint cette épaule?
Le papillon léger se pose sur l'oeillet pourpre, mais puis-je me reposer sur ta vive
blancheur sans la faner, moi lourdaud? Dieu est au ciel, le roi sur son trône & le
soleil en haut triomphant; mais suis-je Dieu, roi ou lumière, que je suis si près de
toi! O cheveux plus doux que soie en flocons! Nele, je frappe, je déchire, je mets
en morceaux! Mais n'aie pas peur, m'amie. Ton pied mignon! D'où vient qu'il est si
blanc? L'a-t-on baigné de lait?
Elle voulut se lever.
- Que crains-tu? lui dit Ulenspiegel, ce n'est point le soleil qui luit sur nous & te
peint toute en or. Ne baisse point les yeux. Vois dans les miens quel beau feu il y
allume. Écoute, aimée; entends, mignonne: c'est l'heure silencieuse de midi, le
laboureur est chez lui vivant de soupe, ne vivrons-nous d'amour? Que n'ai-je mille
ans à égrener sur tes genoux en perles des Indes!
- Langue dorée, dit-elle.
Et Monsieur du soleil brillait à travers la toile blanche du chariot, & une alouette
chantait au-dessus des trèfles, & Nele penchait la tête sur l'épaule d'Ulenspiegel.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
188
Texte original en français de La Légende d’Ulenspiegel, roman épique et picaresque de Charles De Coster.
Édition française de 1869 publiée dans Aurora Literunico avec lien direct vers la traduction brésilienne.
Ainda não há resenhas para esta obra. A primeira leitura comentada pode começar aqui.
Uma seleção criada para acompanhar a atmosfera, os personagens e os caminhos desta obra.
Escolha a arte, confira a disponibilidade e adicione o produto ao carrinho sem sair da experiência.
Adquira Relíquias da Obra e deixe sua marca registrada, criando valor ao item!
Capítulos disponíveis para continuar a leitura.
Nenhuma Relíquia desta obra foi adquirida ainda. Seja o primeiro a eternizar seu nome no acervo oficial!
Conhecer as 100 RelíquiasAinda não há resenhas para esta obra. A primeira leitura comentada pode começar aqui.
Nenhuma posse foi registrada publicamente para esta edição.
Durante a leitura, abra Menu para ajustar a experiência sem sair do capítulo. As preferências de aparência ficam salvas neste aparelho.
Recursos identificados como “em preparo” aparecem para antecipar a evolução do leitor, mas ainda não executam uma ação.
Posso mostrar leituras em destaque, clássicos e Relíquias disponíveis agora no Literúnico.
Escolha um caminho
Dúvidas desta página
As explicações do Aurélio são respostas cadastradas pelo Literúnico.