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La Légende d’Ulenspiegel

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La Légende d’Ulenspiegel

Capítulo 128 · La Légende d’Ulenspiegel

Livre 3 — Chapitre XXIV

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Livre 3 — Chapitre XXIV

- Où allons-nous? dit Lamme.
- A Maestricht, répondit Ulenspiegel.
- Mais, mon fils, on dit que l'armée du duc est là tout autour, & que lui-même se
trouve dans la ville. Nos passes ne nous suffiront point. Si les soudards espagnols
les trouvent bonnes, nous n'en serons pas moins retenus en ville & interrogés. Dans
l'entre-temps ils apprendront la mort des prédicants, & nous aurons fini de vivre.
Ulenspiegel répondit:
- Les corbeaux, les hiboux & les vautours auront bientôt fini de leur viande; déjà,
sans doute, ils ont le visage méconnaissable. Quant à nos
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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passes, elles peuvent être bonnes; mais si l'on apprenait le meurtre, nous serions,
comme tu le dis, appréhendés au corps. Il faut, toutefois, que nous allions à
Maestricht en passant par Landen.
- Ils nous pendront, dit Lamme.
- Nous passerons, répondit Ulenspiegel.
Ainsi devisant, ils arrivèrent à l'auberge de la Pie, où ils trouvèrent bon repas,
bon gîte & du foin pour leurs ânes.
Le lendemain, ils se mirent en route pour Landen.
Étant arrivés à une grande ferme auprès de la ville, Ulenspiegel siffla comme
l'alouette, & tout aussitôt de l'intérieur lui répondit le clairon guerrier du coq. Un
censier de bonne trogne parut sur le seuil de la ferme. Il leur dit:
- Amis, comme libres, vive le Gueux! entrez céans.
- Quel est celui-ci? demanda Lamme.
Ulenspiegel répondit:
- Thomas Utenhove, le vaillant réformé; ses servants & servantes de ferme
travaillent comme lui pour la libre conscience.
Utenhove dit alors:
- Vous êtes les envoyés du prince. Mangez & buvez.
Et le jambon de crépiter dans la poêle & les boudins pareillement, & le vin de
trotter & les verres de s'emplir. Et Lamme de boire comme le sable sec & de manger
bien.
Garçons & filles de ferme venaient tour à tour pousser le nez à la porte entrebâillée
pour le contempler besognant des mâchoires. Et les hommes, jaloux de lui, disaient
qu'ils sauraient faire comme lui.
A la fin du repas, Thomas Utenhove dit:
- Cent paysans partiront d'ici cette semaine sous prétexte d'aller travailler aux
digues à Bruges & aux environs. Ils voyageront par troupes de cinq à six & par
différents chemins. Il y aura des barques à Bruges pour les transporter à Emden
par la mer.
- Seront-ils pourvus d'armes & d'argent? demanda Ulenspiegel.
- Ils auront chacun dix florins & de grands coutelas.
- Dieu & le prince te récompenseront, dit Ulenspiegel.
- Je ne besogne point pour la récompense, répondit Thomas Utenhove.
- Comment faites-vous, dit Lamme en croquant de gros boudins noirs, comment
faites-vous, monsieur l'hôte, pour obtenir un mets si parfumé, si succulent & de si
fine graisse?
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- C'est, dit l'hôte, que nous y mettons de la cannelle & de l'herbe aux chats.
Puis parlant à Ulenspiegel:
- Edzard, comte de Frise, est-il toujours l'ami du prince?
Ulenspiegel répondit:
- Il s'en cache tout en donnant à Emden asile à ses navires
Et il ajouta:
- Nous devons aller à Maestricht.
- Tu ne le pourras point, dit l'hôte; l'armée du duc est devant la ville & aux
alentours.
Puis, le conduisant au grenier, il lui montra au loin les enseignes & guidons des
cavaliers & piétons, chevauchant & marchant dans la campagne.
Ulenspiegel dit:
- Je passerai au travers si vous, qui êtes puissant en ce lieu, me baillez permission
de me marier. Quant à la femme, il me la faut mignonne, douce & belle, & voulant
m'épouser, sinon pour toujours, au moins pour une semaine.
Lamme soupirait & disait:
- Ne le fais point, mon fils, elle te laisserait seul, brûlant au feu d'amour. Ton lit,
où tu dors si coiment, te sera comme matelas de houx, t'enlevant le doux sommeil.
- Je prendrai femme, répondit Ulenspiegel.
Et Lamme, ne trouvant plus rien sur la table, fut bien marri. Toutefois ayant
découvert des castrelins dans une écuelle, il les croqua mélancoliquement.
Ulenspiegel disait à Thomas Utenhove:
- Or çà, à boire çà, baillez-moi une femme riche ou pauvre. Je vais avec elle à
l'église & sais bénir le mariage par le curé. Celui-ci nous donne le certificat
d'épousaille, non valable puisqu'il est d'un papiste inquisiteur; nous y faisons stipuler
que nous sommes tous bons chrétiens, ayant confessé & communié, vivant
apostoliquement suivant les préceptes de notre sainte mère Église romaine, qui
brûle ses enfants, & appelant ainsi sur nous les bénédictions de notre saint-père le
Pape, des armées céleste & terrestre, des saints, des saintes, des doyens, curés,
moines, soudards, happe-chair & autres bélitres. Munis dudit certificat, nous faisons
les préparatifs du voyage accoutumé du festoiement de noces.
- Mais la femme? dit Thomas Utenhove.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- Tu me la trouveras, répondit Ulenspiegel. Je prends donc deux chariots, je les
fleuris de cercles garnis de branches de sapin, de houx & de fleurs de papier, je les
remplis de quelques bonshommes que tu veux envoyer au prince.
- Mais la femme? dit Thomas Utenhove.
- Elle est ici sans doute, répondit Ulenspiegel.
Et pousuivant son propos:
- J'attèle deux de tes chevaux à l'un des chariots, nos deux ânes à l'autre. Je
mets dans le premier chariot ma femme & moi, mon ami Lamme, les témoins de
mariage; dans le second des joueurs de tambourin, de fifre & de scalmeye. Puis
portant les joyeuses bannières d'épousailles, tambourinant, chantant, buvant, nous
passons au grand trot de nos chevaux par le grand chemin qui nous conduit au
Galgen-Veld, Champ de Potences, ou à la liberté.
- Je te veux aider, dit Thomas Utenhove. Mais les femmes & filles voudront suivre
leurs hommes.
- Nous irons à la grâce de Dieu, dit une mignonne fillette poussant la tête à la
porte entrebâillée.
- Il y aura, si besoin est, quatre chariots, dit Thomas Utenhove; ainsi nous ferons
passer plus de vingt-cinq hommes.
- Le duc sera fait quinaud, dit Ulenspiegel.
- Et la flotte du prince servie par quelques bons soudards de plus, répondit Thomas
Utenhove.
Faisant alors mander à son de cloche ses valets & suivantes, il leur dit:
- Vous tous qui êtes de Zélande, hommes & femmes, oyez: Ulenspiegel le
Flamand, ci présent, veut que vous passiez par l'armée du duc nuptialement
accoutrés.
Hommes & femmes de Zélande crièrent ensemble:
- Danger de mort! nous le voulons!
Et les hommes s'entredisaient:
- Il nous est joie de quitter la terre de servitude pour aller vers la mer libre. Si Dieu
est pour, qui sera contre?
Des femmes & des filles disaient:
- Suivons nos maris & amis. Nous sommes de Zélande & y trouverons asile.
Ulenspiegel avisa une jeune & mignonne fillette, & lui dit se gaussant:
- Je te veux épouser.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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Mais elle, rougissante, répondit:
- Je veux de toi, mais à l'église seulement.
Les femmes riant s'entredirent:
- Son coeur tire à Hans Utenhove, fils du baes. Il part avec elle sans doute.
- Oui, répondit Hans.
Et le père lui disait:
- Tu le peux.
Les hommes se mirent en habit de fête, pourpoint & haut-de-chausses de velours,
& le grand opperst-kleed par-dessus, & coiffés de larges couvre-chefs, garants de
soleil & de pluie; les femmes en bas-de-chausses noirs & souliers déchiquetés;
portant au front le grand bijou doré, à gauche pour les fillettes, à droite pour les
femmes mariées; la fraise blanche au cou, le plastron de broderie en or, écarlate &
azur, le jupon de laine noire, à larges raies de velours de la même couleur, les bas
de laine noire & les souliers de velours à boucle d'argent..
Puis Thomas Utenhove s'en fut à l'église prier le prêtre de marier incontinent,
pour deux rycksdaelders qu'il lui mit dans la main, Thylbert, fils de Claes, c'était
Ulenspiegel, & Tannekin Pieters, ce à quoi le curé consentit.
Ulenspiegel alla donc à l'église suivi de toute la noce, & là il épousa devant le
prêtre Tannekin si belle & mignonne, si accorte & bien en chair, qu'il eût volontiers
mordu dans ses joues comme en une pomme d'amour. Et il le lui dit n'osant le faire
par respect qu'il avait de sa douce beauté. Mais elle, boudeuse, lui dit:
- Laissez-moi; voici Hans qui vous regarde pour vous tuer.
Et une fillette, jalouse, lui dit:
- Cherche ailleurs; ne vois-tu point qu'elle a peur de son homme?
Lamme, se frottant les mains, s'écriait:
- Tu ne les auras point toutes, vaurien.
Et il était tout aise.
Ulenspiegel, prenant son mal en patience, retourna à la ferme avec la noce. Et
là, il but, chanta & fut joyeux, trinquant avec la fillette jalouse. Ce dont Hans fut
joyeux, mais non Tannekin, ni non plus le fiancé de la fillette.
A midi, par un clair soleil & un vent frais, les chariots s'en furent verdoyants &
fleuris, toutes enseignes déployées, au son joyeux des tambourins, des scalmeyes,
des fifres & des cornemuses.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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Au camp d'Albe était une autre fête. Les vedettes & sentinelles avancées, ayant
sonné l'alarme, revinrent les unes après les autres, disant:
‘L'ennemi est proche; nous avons entendu le bruit des tambourins & fifres, &
aperçu les enseignes. C'est un fort parti de cavalerie venu là pour vous attirer en
quelque embuscade. Le corps d'armée est plus loin sans doute.’
Le duc fit aussitôt avertir les mestres de camp, colonels & capitaines, ordonna
de mettre l'armée en bataille & envoya reconnaître l'ennemi.
Soudain apparurent quatre chariots allant vers les arquebusiers.Dans les chariots,
les hommes & les femmes dansaient, les bouteilles trottaient & joyeusement
glapissaient les fifres, geignaient les scalmeyes, battaient les tambours & ronflaient
les cornemuses.
La noce ayant fait halte, d'Albe vint lui-même au bruit & vit la nouvelle épousée
sur l'un des quatre chariots; Ulenspiegel, son époux, tout fleuri, à côté d'elle, & tous
les paysans & paysannes, descendus à terre, dansant tous autour & offrant à boire
aux soudards.
D'Albe & les siens s'étonnaient grandement de la simplicité de ces paysans qui
chantaient & festoyaient quand tout était en armes autour d'eux.
Et ceux qui étaient dans les chariots donnèrent tout leur vin aux soudards.
Et ils furent par eux bien applaudis & fêtés.
Le vin manquant dans les chariots, les paysans & paysannes se remirent en route
au son des tambourins, fifres & cornemuses, sans être inquiétés.
Et les soudards, joyeux, tirèrent en leur honneur une salve d'arquebusades.
Et ils entrèrent ainsi à Maestricht, où Ulenspiegel s'entendit avec les agents
réformés pour envoyer, par bateaux, des armes & des munitions à la flotte du
Taiseux.
Et ils firent de même à Landen.
Et ils s'en allaient ainsi par tout vêtus en manouvriers.
Le duc apprit le stratagème; & il en fut fait une chanson, laquelle lui fut envoyée,
& dont le refrain était:
Duc de sang, duc niais,
As-tu vu l'épousée?
Et chaque fois qu'il avait fait une fausse manoeuvre les soudards chantaient:
Le duc a la berlue:
Il a vu l'épousée.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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La Légende d’Ulenspiegel

Sinopse

Texte original en français de La Légende d’Ulenspiegel, roman épique et picaresque de Charles De Coster.

Édition française de 1869 publiée dans Aurora Literunico avec lien direct vers la traduction brésilienne.

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