Universo da obra
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Ce jour-là, sur la flotte, il y eut fête. Malgré l'aigre vent de décembre, malgré la pluie,
malgré la neige, tous les Gueux de la flotte étaient sur les ponts des navires. Les
croissants d'argent brillaient fauves sur les couvre-chefs de Zélande.
Et Ulenspiegel chanta:
Leyde est délivré, le duc de sang quitte les Pays-Bas:
Sonnez, cloches retentissantes;
Carillons, lancez dans les airs vos chansons;
Tintez, verres & bouteilles.
Quand le dogue s'en revient des coups,
La queue entre les jambes,
D'un oeil sanglant
Il se retourne sur les bâtons.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
442
Et sa mâchoire déchirée
Frémit pantelante.
Il est parti le duc de sang:
Tintez, verres & bouteilles. Vive le Gueux!
Il voudrait se mordre lui-même.
Les bâtons brisèrent ses dents.
Penchant sa tête maflue,
Il pense aux jours de meurtre & d'appétit.
Il est parti le duc de sang:
Donc battez le tambour de gloire,
Donc battez le tambour de guerre!
Vive le Gueux!
Il crie au diable: ‘Je te vends
Mon âme de chien pour une heure de force.’
‘Ce m'est tout un de ton âme,
Dit le diable, ou d'un hareng.’
Les dents ne se retrouvent point.
Il fallait fuir les durs morceaux.
Il est parti le duc de sang:
Vive le Gueux!
Les petits chiens des rues, torses, borgnes, galeux,
Qui vivent ou crèvent sur les morceaux,
Lèvent la patte tour à tour
Sur celui qui tua par amour du meurtre...
Vive le Gueux!
‘Il n'aima point de femmes ni d'amis,
Ni gaieté, ni soleil, ni son maître,
Rien que la Mort, sa fiancée,
Qui lui casse les pattes,
Par préludes de fiançailles;
N'aime point les hommes entiers.
Battez le tambour de joie.
Vive le Gueux!’
Et les petits chiens de rue, torses,
Boiteux, galeux & borgnes,
Lèvent de nouveau la patte
D'une façon-chaude & salée,
Et avec eux levriers & molosses,
Chiens de Hongrie, de Brabant,
De Namur & de Luxembourg.
Vive le Gueux!
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
443
Et tristement, l'écume au mufle,
Il va crever près de son maître,
Qui lui baille un coup de pied,
Pour n'avoir pas assez mordu.
En enfer il épouse Mort.
Et elle l'appelle: ‘Mon duc;’
Et il l'appelle: ‘Mon inquisition.’
Vive le Gueux!
Sonnez, cloches retentissantes;
Carillon, lance en l'air tes chansons;
Tintez, verres & bouteilles:
Vive le Gueux!
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
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Texte original en français de La Légende d’Ulenspiegel, roman épique et picaresque de Charles De Coster.
Édition française de 1869 publiée dans Aurora Literunico avec lien direct vers la traduction brésilienne.
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