chapitre IX de l’_ Essai sur la poésie épique_, imprimé dans le tome X,
chapitre IX de l’_ Essai sur la poésie épique_, imprimé dans le tome X, à la suite de la _Henriade_. B.
Après avoir fait ainsi la revue de tous les livres, ils descendirent
dans le jardin. Candide en loua toutes les beautés. Je ne sais rien de
si mauvais goût, dit le maître; nous n’avons ici que des colifichets:
mais je vais dès demain en faire planter un d’un dessin plus noble.
Quand les deux curieux eurent pris congé de son excellence: Or çà, dit
Candide à Martin, vous conviendrez que voilà le plus heureux de tous
les hommes, car il est au-dessus de tout ce qu’il possède. Ne
voyez-vous pas, dit Martin, qu’il est dégoûté de tout ce qu’il possède?
Platon a dit, il y a long-temps, que les meilleurs estomacs ne sont pas
ceux qui rebutent tous les aliments. Mais, dit Candide, n’y a-t-il pas
du plaisir à tout critiquer, à sentir des défauts où les autres hommes
croient voir des beautés? C’est-à-dire, reprit Martin, qu’il y a du
plaisir à n’avoir pas de plaisir? Oh bien! dit Candide, il n’y a donc
d’heureux que moi, quand je reverrai mademoiselle Cunégonde. C’est
toujours bien fait d’espérer, dit Martin.
Cependant les jours, les semaines, s’écoulaient; Cacambo ne revenait
point, et Candide était si abîmé dans sa douleur, qu’il ne fit pas même
réflexion que Paquette et frère Giroflée n’étaient pas venus seulement
le remercier.