Les légendes des indiens Mitos e poemas: Nacionalismo · Capítulo 18 de 19
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Les légendes des indiens

Les légendes des indiens

E. DELEAU

LES LÉGE DES DES INDIENS

Aucun sl1jet n'était mieux fait pour séduire la

muse d'un poete, amoureux et idolâtre de la magi­

que et graudiose nature des tropiques, que ces

légendes que les tribl1s indiennes se répétent de

pére eu lils, de géuération en génératiou, et gardent

religieusement comme les précieuses reliques d'llll

passé gloriem::.

M. Mello Moraes fil, a ressuscité, pour ainsi

diTe, ces poetiques légendes' sa pensée et son vers

s'adaptent merveilleusement à ces sujets et il sait

leur conserver ce parfum et cet arôme sauvage qui

rappellent les émanations vivifiantes des grandes

forêts VIerges.

a été bien inspiré en plaçal1t une de ses

poesies à la fin de chacune des livraisons de la

Revista da Exposição de Alltltropologia. Rien de

frais COlnrne ces vers dans leur idiome natif; ma­

lheureusement la traduction leur enleverait tout leur

parfum sylvestre et l'idylle printanniere ne parvien­

drait au lecteuI que décolorée et réduite en gri­

saille. Je n' essaierai donc pas de traduire le poete;

je tâcherai néanmoins de conserver I' idée dans sa

pureté idéale tout en la dépouillant des omements

poHiques qui lui communiquaient un charme étrange.

La légende qui suit est née sur les bords du

fier Amazol1e; elle se 110mme A Tapem da lua et

explique la création de la lune.

Apres un combat acharné entre delL'C tribus ii

ne resta sur le sommet de la haute montagne que

deux êtres humains: le frere et la sreur.

- Tu resteras ici, ô mon frere bien aimé, sous

ces grands arbres. Moi, je descends la montagne et

vais au bord du grand lac.

J'ai déjà tendu ton hamac sous les grands cha­

taigniers et à cote j' ai placé ton arc et les fleches

DES INDIENS 1°9

les plus belles. Adieu, je pars. Que les parasites ré­

pandent sur toi leurs plus doux parfums et que

ehaque matin tu sois réveillé par le doux gazouiUe­

ment des oiseaux amoureux. )

L'Indienne deseendit lentement la montagne;

son visage était pâle et dans ses grands yeux bril­

laient Wle perle humide.

Cependant était venue la nuit qui allume l'étoile

dans le firmameut; l'in eete timide ehantait sou

hymne dans l'herbe lllouillée et les grenollilles all

bord du lae sonnaient leur fanfarre.

Elle sentit I'amour. Ce fllt au rnomeut ou,

seule au milieu de la nature, elle entendait le doux

murlllure du vent dans les arbres, semblable à des

earesses. (C rirai aux ehataigniers! O mon tourment,

je veux te refouler au foud de mou ecellr! Dans les

ténébres je t'aimerai; scellr le jour, amante la nuit.

En avant mon eceur! Tupan! Tupan! )

Lorsqu'e.le arriva pré du ha:nae, le léger

feuillage du sassafraz bruissait dOlleemeut. L' obseuri­

té était au eiel, on n'entendait dans la forêt que

le bruit que fai aient eu fuyant les légéres quatis.

Ele était tOllte tremblante; elle, la sauvage.

IIO MYTHO E POEMAS

Elle voulut effacer l!l.e son esprit les sombres images;

eUe touche le bamac et Le hama.c tressaille - Qui

est là? - La voix lui manqu.e et l'ou entend le

murmure d'tm baiser.

Et ainsi chaque nuit dans la vaste montagne,

tourterelle des bois sauvages elle venait chercher

son nid, et chaque matin, elle reprenút son chemin

vers ]e lac.

- Mais quelle est la fée qui vient ain i habite r

ma solitude, et m~ donner tant d'amom et de

carresses? Génie des montagnes bleues, comment à

la lumiére verrai-je ta lumiére?

II se souvint alors que sa mér

le secret d'une teinture indélébile:

les joues et ainsi je la connaitrai

.aura rallumé les feux du jour.

lui avait laisse

Cl Je lui teindrai

lorsque I'aurore

Pom la troisiéme fois, elle - la pudeur et le

crime, - elle revint: La terre était sublime.

Lui l'attendait, elle, la soeur d'autrefois, que

la nult fait amante et que l' aW'ore refait vierge et

soeur- Pourquoi as-tu tant tardé? - Les genies

bienfaisants sont jaloux de toi, de tes baisers? Je

LES LÉGENDES DES INDIENS I I I

t'aime, VIenS ici - Et pris à ses genoux, ses levres

contre ses levres vermeilles, ii caresse le doux ovale

de son visage qu'il teint avec l'urucu.

L'indienne, à cet instant, troublée, porte la maio

à on visage et 5' aperçoit que ses joues sont hu­

mides.

Apres qu'elle fut de cendue et tandi que le

matin mettait lUle bordure d'or mat sur les cimes

de l'Acunan et que le Iys renversaient SUl" la terre

les perles de leur calice, elle, grimpée sur la bran­

che d'Ull arbre qui surplombe le lac bleu, elle e

mire entre les feuillages et voit alor qu'elle a la

figure marquée.

Prenant alors son .are, son gralld are des com­

bats, elle lance une fle he contre le ciel j la fleche

s'enterre dans le bleu firmamento

Un second trait vient atteindre le premier à

son extremité et s'y implante. Et elle continue

ainsi jusqu'à ce qu'attirant à elle la vacillante barre

formée par les fleche ajoutées les unes aux autre ,

elle grimpe jusqll'au ciel - et se transforme en

lune.

Depuis ce jour, dans son chagrin, l'indienne

vient la nuit, se mÍrer mélancoliquement dans les

lacs pour voir si son visage a toujours conservé ses

tâches.

(lIftsSafflr du Drisil. 1882).

LÉGE DE I DIE NE DU NORD

De tous les genres littéraires, la pOésie, pare e

qu'elle est libre d'allures, a toujours été le genre

représentatif par exeellenee. C'est done surtout la

poésie d'une nation qu'il faut tout d'abord exa­

miner pour eonnaitre ses origines, ses eroyanees et

ses tendanees.

Si un peuple semble mériter de eaptiver l'atten­

tion des I enseurs et des poetes, c' est le peuple in­

dien, si admirablement personnifié par l'art avee

lequel sont façonnés tous les objets que nous voyons

figurer à l'Exposition d'Anthropologie.

Le Brésil e t la terre de l'étonnement par ex­

eellenee; le merveilleux y est éerit dans ses im­

menses forêts, dont les arbres gigantesques demell­

rent inébranlables depllis des siécles devant la pOllssée

11(.8

II4 MYTHOS E POEMAS

du flot humain et dont le réseau inextricable de

lianes ne livre passage qu'au serpent, au tigre, au

papillon et à I'indieu.

Ou conçoit que la légende porte l'empreinte de

toutes ces merveilles et que le surnaturel y occupe

la. plus large place.

Parmi les écrivains brésiliens de la génération

présente qui nous paraissent avoir échappé à l'in­

f1uence des littératures étrangêres pour rester les

chantres de la magique nature des tropiques, nous

devons citer M. Mello Moraes qui a ressuscité dans

ses poemes la véritable légende indienne, tout en

lui conservant son parfum sauvage et origina1.

Si jamais vous al1ez visiter les provinces de

Pernambuco, du Ceará, des Amazones et du Pará,

vous entendrez à coup Sllr parler de la Caipora j

vous rencoutrerez même bon nombre de braves

gens qui vous jureront l'avoir aperçue Ull soir à

minuit sur la lisiére de la forêt vierge.

Du campement indien, la légende, en se 1110­

difiant Ull peu, est arrivée au village et y a pris

droit de ité. Les sauvages l'appelaient Curupira,

les indiens civilisés la nomment aujourd'hui A

Caipora.

C'est à cause d'elle que les habitants du nord

ne laissent jamais partir le voyageur pour un loin-

LÉGENDE INDIENNE nu NORD 115

tain voyage sans lui donner un peu de tabac et du

[eu; les deux talismans contre ses tracasseries.

Mais laissons la parole à M. Mello Moraes; le

poete nous présente l'hôte malfaisant de la forêt

comme une sorte de génie malillgre, espiégle et

malicieu.x, qui tue, en le chatouillant, le voyageur

qui ne peut satisfaire à sa demande.

La Capora est lill eabocle tout petit, laid et

difforme qui s'en va la nuit par les grands bois en

sifilant; lorsque un voyagem le reneontre, le soir sur

les reutes, esealalldant les l1aies, ii se met à l'im­

plorer.

C'est assurément l'âme d'un Tapuio qui s'ell

va dans la forêt faire ses maléfiees; montée sur le

sanglier le plus haut et le plus vaillant, une petite

pipe à la main, frallehissant fleuves et vallées.

II épouvante les troupes de pores sauvages,

s'amuse à embarrasser les onees dans les mailles

d'un réseau de lialles, et, eomme s'il volait, saute

de mont;tgne en montagne, ne se reposant que sur

w) pied.

II surprend le voyagellr, l'aborde au détou

II6 MYTHOS E POEMAS

d'un chemin et Iui demande du tabac et du feu,

t'out en Iui montrant sa petite pipe noire.

Si Ie voyagem Iui donne ce qu'il demande, il

5' éIoigne aussitôt et reprend sa course vagabonde;

dans Ie cas contraire, iI se montre irrité et se met

alors à faire rire les gens en les chatouillant, jusqu'à

ce qu' ils meurent.

C'est un bien laid petit cabocle qui s'en va

aillsi siffiant la nuit dans la profondem des grands

bois sombres. Dans Ies provinces du Nord, Ie cré­

dule habitant vous dit cc Ne par tez pas sans vous

être muni, car sans cela, iI ne fait pas bon voyager.»

(/Jfcssager d" Brisil, 1882.)

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