Stella Stella · Capítulo 5 de 16
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Stella

bj STELLA et de 1'inlret, vous avez acquis le droit d'6tres libres et 6gaux h vos oppresseurs ; je viens vous offrir au nom de la France, don't je suis le mandataire h par vos souffrances, votre 6nergie et votre valeur. L'heure de la reparation a sonn6 pour vous. Vos maux sont terminus. Descendez de cette montagne, venez utiliser au profit commun I'audace guerriere don't vous avez fait preuve. Vous serez les 6pdes de la patrie. c .11 y avait dans le language de cet homme un accent de v6rit6 qui persuade les deux freres. Cependant, ils n'osaient prendre sur eux d'accepter sa proposition. Le point le plus d6licat de la question 6tait l'abandon de leur camp. Is savaient le danger de s'l6oigner de la montagne. Le revers 6prouvi dans la plaine 6tait present h leur m6moire. Ignorant d'ailleurs opinion de Stella, laquelle devait faire loi dans cette matibre, ils demanderent le temps de la reflexion et promirent de porter eux-mme's leur reponse, si elle 6tait favorable. L'etranger se retira, augurant bien de sa demarche. 6tre vue, reconnut avec bonheur dans le commissaire frangais un de ces coeurs g6n6reux, enthousiastes, qui s'dtaient 6pris d'elle i Paris.

LE I'ACIFICATEUR 87 II appartenait par ses convictions politiques h un parti honnmte, cette faction celIbre de la Gironde, puissante par l'ascendant de ses lumibres; mais coupable d'avoir voulu moddrer la revolution, crime vertueux, si cela pent se dire, qu'elle paya de son sang. La jeune fille avait besoin d'un pareil homme pour lui confier les interlts de ses pupilles. Le moment 6tait venu oh les deux frbres devaient penser et agir par eux-memes. On ne pouvait les tenir plus longtemps en lisiBre. Elle leur dit done sans hesiter : a Allez, suivez le guide que la Providence vous envoie, votre destinde n'est pas de vivre 6ternellement sur cette montagne ; vous y reviendrez plus tard s'il est n6cessaire; en attendant, il faut que vous appreniez a user de vos forces,, i etre libres. L'homme qui s'est pr6sent6 ici ne m'est point 6tranger: je connais ses sentiments, les principles qu'il professe. II differe essentiellement du Colon. Cette liberty qu'il vous offre est un present qu'il veut vous faire sans la participation de la France. Recevez-le avec empressement. Qui sait s'il ne sera point conteste, si l'agent de la metropole n'aura pas a s'en disculper auprbs d'elle, comme d'un veritable crime, si enfin vous ne serez pas forces de combattre pour en jouir, apres l'avoir poss6d6 ? La lice est ouverte,

M5 STELLA entrez-y des maintenant contre le Colon et ses complices. II ne s'agit plus d'attenter h la vie de votre ennemi: sa mort serait inutile et meme contraire a vos succcs ; songez, pour vous en convaincre qu'une volont6 superieure 1'a constamment soustrait a vos coups. Ce qu'il imported aujourd'hui, c'est de vous trouver sur un terrain d'egalit4 qui vous permette de lulter, non plus comme des lions traques par des chasseurs, mais comme des homes attaqu6s par des hommes et faisant usage de toutes -leurs resources naturelles. Vos facultis se d6velopperont indvitablement dans cette lutte et vous fourniront une arme de plus pour la victoire. Allez, je vous le rdp.te, et pendant que vous serez lh-bas, pr6ludant, sur un nouveau th6btre, A un r6le plus actif et plus glorieux, je me tiendrai ici et vous serez toujours.pr6sents h ma pensee. Comment? rdpliquerent les deux freres surprise et afflig6s, vous voulez que nous partions sans vous. Est-ce possible? Nous n'y consentirons jamais. II est pourtant n6cessaire que cela soit, - ajouta la jeune fille avec fermet6. Cette montagne est un saint lieu que je prends sous ma protection, et que je garderai jusqu'h ce que la m6moire de votre mbre soit complhtement veng6e. Je vous ai dit une fois qu'ici residait votre force, c'est a dire

LE PACIFICATEUR 0O votre salut. En vous conseillant de quitter celte retraite inexpugnable, je n'abjure pas ma premiere idde, je la maintiens au contraire par le seul faith que j'y reste pour vous garantir un refuge, dans la provision qu'il vous sera encore utile. Nous connaissons votre sagesse, votre bonte ineffable, repartirent les fils de l'Africaine de plus en plus chagrins; cependant, permeltez-nous de vous rappeler que vous aviez promise de ne jamais nous abandonner. J'aime en vous cette mdmoire de, mes promesses: elle vous preservera, je n'en doute point, /de l'oubli des vOtres. Vous abandonner serait vous ddlaisser, ne plus m'occuper de vous, tandis que je me constitute la gardienne de votre camp, pour veiller h vos intdrets les plus chers. Nous aimerions mieux demeurer avec mlus'" que d'aller tenter une fortune au-dessus de note ambition et de nos esp6rances. Je le sais. Vous n'avez pas intelligence de lamission qui vous est d6volue ; il arrivera neanmoins que vous serez heureux et fiers de l'avoir remplie. Menez-moi h cette grotte oh vous m'avez ddjh offert de me condifire ; au lieu d'Itre l'asile de la peur, elle sera, le temple secret de la meditation. Tous les cultes ont leurs mysteres; si vous m'aimez, - ainsi que je me Ic persuade, vous y viendrez

souvent rpe le dire, et nous y r6fl6chirons ensemble sur I'avenir et votre sort. w Romulus et Remus, habitues A respecter les volont6s de Stella, se soumirent sans murmure a cette decision qui, de sa part, ne pouvait ktre le r6sultat d'une conviction 16gbre; et quoique souffrants A l'idde d'une separation si p6nible, ils ne se montr&- rent ni plus tristes, ni moins empresses que de costume.

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LA GROTTE.

Romulus et Remus se mirent promptement h I'oeuvre pour etablir une communication entire le camp et la grotte que Stella devait habiter. Nous avons parl6 de la difficult qu'il y avait i s'y rendre. A l'endroit meme oi il fallait passer croissaient de fortes lines revenues au sol par de profondes racines, h moitid sorties de terre et scelles dans le roc comme des crampons de fer. Les deux freres rattachrent les unes aux autres ces lines flexibles, et en formerent une 6chelle semblable i celles qui s'appuient contre les mats des vaisseaux. D'autres lines, h portde de la main, etaient laissees expres pour faciliter l'usage de cet escalier adrien.

demeure. La retraite etait charmante. Spacieuse, a6rde, voutee comme de main d'homme, cette excavation souterraine reunissait pour Stella, ennemie de la gene et de l'obscurit6, toutes les conditions d'une habitation saine et agreable. Unesource d'eau vive y rdpandait la fraicheur et le bruit. Le soleil venait, a certaines heures du jour, par une ouverture pratiqu6e, on dirait intentionnellement, - suspendre son flambeau an milieu de la vote; la lune y laissait pnlDtrcr aussi parfois sa douce et melancolique lumi6re. Des plants sarmenteusesN attachees aux parois de la grotte l'ornaient de festons, de guirlandes, de draperies de verdure, et ddployaient jusqu'au sol leurs longues et nobles tiges que I'eau courbait en murmurant. Des fleurs aux vives couleurs trempaient leurs corolles parfumees dans l'onde pure du ruisseau, qu'elles entouraient d'une bordure riante et diapre ; apres avoir quelque temps could sur un lit de sable argent, il suspendait son course apparent pour aller, par une fissure du rocher, porter son tribute mystlrieux a la riviere. Parmi les arbres qui croissaient a l'entree de la grotte, se distinguait un palmier, orgueilleux et fier de sa souverainetd naturelle.

LA GROTTE 93 La victoire en a fait depuis un symbol. Pareil au chene appele royal pour avoir servi d'asile a un monarque vaincu, le palmier, tente glorieuse d'un people vainqueur, a 6td nommd I'arbre de la liberty [VI]; consecration immortelle du droit le plus sacred de P'homme, par une des plus nobles productions de la nature. Romulus et R6mus dWsarmnrent le camp, et mirent en dep6t dans la grotte de Stella tout ce qu'ils avaient d'objets propres a la guerre. La jeune fille voulait bien s'en rendre responsible et prendre sous sa garde cet arsenal souterrain. Les ajoupas furent demolis. Celui de Stella, le plus vaste et le mieux biti, couta physiquement et moralement aux deux frbres une peine infinie A ddtruire. I1 semblait que les poteaux eussent pris racine h la terre. Tous ces soins rappelbrent douloureusement aux deux fils de 1'Africaine la separation don't le moment approchait. La jeune fille alla se promener une derniere fois avec eux au bord de la rivibre. LA, il leur fut encore enjoint de partir sans dilai. Leur soumission respectueuse cachait tant d'affliction que Stella, pour les consoler, souleva le voile du temps et leur montra un coin de l'immense avenir. (( Supposons, leur dit-elle, que vous soyez

revtus de hauns grades militaires et appeles 1'un et l'autre a des postes 6minents. La guerre terminde, les Anglais chassis du pays, il se peut que le Colon reconnaisse alors votre autorit4 et y obdisse ; dans ce cas que ferez-vous ? Nous nous contenterons de l'opprimer a notre tour, puisque vous nous ddfendez de le tuer. Je vous conseillerai plut6t de le traiter avec regards. 11 n'est done plus l'assassin de notre mbre ? le crime est-il oublid ? I1 est votre ennemi et votre ami; votre ennemi pour le mal qu'il vous a faith, votre ami pour le bien qu'il vous fera: vous devez vous rapprocher de lui. Ce rapprochement sera-t-il possible? Le Colon nous admeltra-t-il jamais au rang de ses 6gaux? Non; il ne cessera de vous mepriser et rivera incessamment au moyen de vous asservir encore. Or, il sera toujours notre ennemi. Et votre ami tout a la fois. Je n'entends pas dire que pour vous fire du bien, il vous prendra par la main et vous dlevera; c'est au contraire en travaillant obstindment h vous abaisser, A vous nuire, qu'il vous fraycra la route vers des destinies supdrieures. Les vues de la Providence sont impindtrables,: aux uns elle aplanit les obstacles, aux

LA GROTTE V0

~autres elle prodigue les pines. Elle place quelquefQis i cote de Phomme qu'elle protege, un bras gdnereux et d6vou6 pret h le secourir; quelquefois aussi elle save la victim par l'assassin lui-meme. 'Rien n'est compl1tenient mal dans ce monde. Tout pe qui s'dcarte du bien y revient par une voie detournee; ainsi et presque toujours, l'eau des fleuves decrit de longs circuits avant d'entrer dans le riservoir commun. Vous nous laissez par 1h entendre que nous aurons a letter longtemps contre le Colon et ses complices. Je suis fondue h le croire. Ne pourrions-nous pas abriger ces luttes, si elles nous paraissaient trop longues on trop penibles? Non, le but de la Providence ne serait pas atteint. 11 faut 'que la perfidie de votre ennemi s'dpuise; il faut, qu'incapable de vous combattre loyalement, en face, il vous attaque par derriere et vous mine souterrainement; il faut que ses ruses tendent a vous diviser et consdquemment a vous perdre; il faut que le vase du.crime deborde et que ce trop-plein l'engloutisse comme une lave vengeresse. Probablement vous aurez encore beaucoup .a souffrir i mais ne vous en alarmez pas. Au terme de tant d'6preuves seront la joie et le repos aussi

t0 STELLA doux, aussi consolants que vos fatigues et vos peines auront dtd longues et cruelles. Le soir, assise sur un tertre au pied du palmier de la grotte, Stella discourait sur le mnime sujet, ' entouree de ses compagnons attentifs. Rien n'6tait plus poetique que ce group h moitie cache par le feuillage et accidentellement eclaird par quelques rayons 6gards de l'astre m6lancolique des nuits. Le palmier frissonnant au vent de la montagne semblait prendre part a 1'entretien myst6rieux qui avait lieu sous son frail ombrage. II figurait comme un personnage de plus dans ce tableau d'une beauty primitive. qu'elle aimait et qui allaient s'l6oigner d'elle. Apres leur avoir signal tous les pdrils ha viter, toutes les difficulties A vaincre, la jeune fille se levar et dit, en leur tendant la main : < Je n'ai plus qu'une chose h vous prescrire, c'est de vous assister mutuellement, de vous appuyer l'un sur l'autre et de vivre ensemble comme si vous ne faisiez qu'un seul et m6me etre.. ,

Dans la nature, tout ce qui est f6cond est double. La combinaison des deux delments de couleurs diffrentes dont so compose la societl Haitienne ne peut

LA GROTTE 97

qu'ktre favorable a sa prosperity. Elle a dedj produit la liberty, I'independance; elle produira encore la civilisation en s'incorporant la science de vie contenuc dans cette exhortation divine: Aimez-vous les uns les autres.

LIBERTY GENERAL.

Ce fut un beau jour pour Haiti, alurs SaintDomingue, que le jour oh les fers des captifs tomberent, et oi il fut declard que I'homme ne serait plus la propri6td de l'homme dans ce pays si longtemps desold par l'esclavage !... En abolissant l'horrible tyrannic sous laquelle avait g6mi, pendant des siecles, toute une famille humaine, on sdparait le present d'un passe souill6 d'atrocites monstrueuses. Le ciel si clement, si bon, eit peut-6tre pardonne en faveur de cet acte de justice, A la condition toutefois qu'il fit respect !... Mais, hilas I les maitres tenaient a leurs esclaves, les bourreaux h leurs victimes... Cet acte fut bient6t attaqud avec violence... DWcidemcnton ne pouvait 6tre libre i Saint-Domingue que par la force de sa

LIBERTY GENERAL 99 volontd et la puissance de son bras... On le devint en rendant le mal pour le mal, le crime pour le crime... Dieu abandonna les m6chants qui le niaient et routragaient, A la fureur de leurs ennemis. Qu'avait-il fahire d'eux... Its ne savaient pas m'nme se repentir!..

Dans les villes oi fut proclam6e i'6mancipation de la population opprimee de Saint-Domingue, les maisons, dbs 1'aube, Btaient tendues extdrieurement d'Mtoffes pr6cieuses; des drapeaux aux trois couleurs, des banderoles cclatantes flottaient dans les f:rs. II y avait des fleurs aux fen6tres, des fleurs dans les rues, des fleurs partout. Une vive allgresse accompagnait ces prdparatifs de fete. L'heure venue, les tambours et la musique guerriire solennisbrent la publication de 1'acte d'affranchissement gdBnral lu a haute voix dans chaque carrefour. Un people immense fit cortege aux premieres autorites de ces lieux dans leur march vers I'autel de la patrie, oh de nombreux cris d'enthousiasme retentirent lorsqu'elles prononcerent les mots qui abolissaient pour jamais 1'esclavage a Saint-Domingue. La foule les rdp6ta avec transports. Tous y avaient foi : la France en rdpondait, I'univers Mtait pris h tdmoin, on en attestait le Ciel !...

10U STELLA Un vase rempli de spirilueux fut place an pied de l'arbre de la liberty. La Marseillaise, cet 6cho vibrant de tous les coeurs, cette musique d6lirante de toutes les passions, cet accent proph6tique'de toutes les victoires, la Marseillaise qui 6tait n6e, quelque temps auparavant, d'une patriotique inspiration du g6nie, fut chantde en chceur par ce peuple, ivre de joie Arrived a ce couplet fameux:

Amnour sacrd de la patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs ; Liberty, liberty chdrie, Combats avec tes d6fenseurs. Sous nos drapeaux, que la victoire Accoure A tes mAles accents, Que les ennemis expirants Voient ton triomphe et notre gloire!... Aux armes, citoyens, Formez vos bataillons, Marchons, marchons, Qu'un sang.impur abreuve nos sillons !

.Apriv6 a ce couplet, on mit le feu aux spiritueux, et le people entier s'agenouilla autour de la flamme saqr6e qui sembl;it avoir embras6 tous les ceurs. Le temple du Seigneur retentit de'cantiques d'actions de graces. La cerimonie religieuse completa la c&r6monie politique et la sanctifia; elle mit le sceau de la divinite ah 'acte qui restituait a I'humanitd ses droits

LIBERTi GENERAL 101 imprescriptibles, ses privileges immortels. Les deux frKres y assisterent les larmes aux yeux, la renconnaissance au coeur. Une nouvelle ere s'ouvrait pour eux. Rlev6s a la dignity d'hommes, Romulus et R6mus ne tard6rent pas a acqurrir de nouveaux titres a I'estime et a la confiance de celui qui les patronnait dans la carri6re de la liberty. Is demontrerent la faussetd d'une idde g6n6ralement regue, que les individus de leur espcce 6taient frapp6s de cecit6 morale, que le soleil de lintelligence ne se 16veraitjamais pour eux, qu'ils n'6taient out an plus bons qu'h remplir l'office de machines servilement ob6issantes h la volont6 d'un maitre. Avoir des bras, rien que des bras pour defricher la terre, la mettre en culture de la m~me mani6re que le moulin broie la canneet 6pluchele coton, c'est-h-dire sans penser ni sentir : tel fut le but des importateurs d'hommes h Saint-Domingue. Ils mconnurent en cela la pens6e de Dieu qui n'a point cri6 de superfetations humaines. Les Africains prouv6rent, a une 6poque donn6e, que la couleurBe leur peau n'6tait point un reflet de la nuit de leur esprit. Haiti surgit du sein d'un orage. En d6pit des artisans du chaos, la lumibre se fit dans cette genese d'une nation.

SRomulus et R4mus acquirent une position favorable h leurs intlrits: ils se rendirent n6cessaires. Le pays, dechird6 a1'intlrieur par des factions, subissait a l'extdrieur les dangereuses consequences de l'Ftat d'hostilit6 ou la France s'6tait place envers les autres puissances europdennes,_Pas de protection ni de secours a attendre de la mbre-patrie. L'agent de la m6tropole, abandonn6 h ses propres forces, ne savait sur qui computer : tout faisait defection autour de lui; ii se conffa aux deux freres- qui devinrent ses plus fermes appuis, ses plus 6nergiques soutiens. On est rarement aussi dAvou6, aussi brave, que le furent ccs hommes rIgendres. Ils semblaient avoir tenu en reserve pour les montrer dans ces conjonctures difficiles, toutes les vertus qui caracterisent les citoyens, qui distinguent les heros. Le zBle, I'abnegation avec laquelle ils servirent la patrie fut leur plus beau titre h la liberty. Admirable coincidence des faits passes dans le mnme temps a 1,800 lieues de distance, sous l'empire magique des iddes nouvelles.-Tandis que la France, menace de toutes parts, recrutait ses anciens serfs et en format des bataillons qu'elle poussait convulsivement suri ses frontieres, Saint-Domingue enro6ait ses esclaves d'hier et leur confiait le soin de sa defense. Dans 1'un et l'autre pays, ces

LIBERTY GENERAL 403 nouveaux citoyens justifirent pleinement l'attente de la liberty. Ils s'ennoblirent pardtes victoires. Ainsi que Stella Pavait prevu, les deux frbres furent appelds h de hautes functions militaires. Le salt de la colonies ddpendait aujourd'hui de leur fiddlitd, de leur courage. On pouvait s'en reposer entierement sur eux. Ils avaient pour grants de cette fidelity inviolable deux sentiments puissants, la gratitude et la haine, 1'un qui les attachait de coeur a leur lib6rateur, h la France, et leur inspirait la noble resolution de mourir plut6t que de la jamais trahir; l'autre don't ils poursuivaient Iassasfin de leur mere et qui ne devait s'6teindre que dans son sang.

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NOUVEAUX COMBATS.

Un renfort de troupes anglaises 6tait arrive dana la colonie. Ces nouvelles forces rendirent au Colon son audace et ses esprrances. L'ennemi attaqua et prit successivement plusieurs villes. Des combats acharnes eurent lieu centre lui et les deux freres qui, se trouvant sur un autre terrain, n'eurent plus les memes avantages. Stella leur avait dit qu'ils ne pouvaient rester 6ternellement dans la montagne; or il fallait apprendre h vaincre sur le terrain de 1'ennemi. La guerre est une horrible science de destruction, ohu lon ne s'exerce avec fruit qu'apres de rudes 6preuves. Le people de l'antiquit6 qui posseda au plus haut degrd cet art ne fut pas exempt de defaites. Rome eut plus d'une fois A rougir devant Carthage, sa rivale... Un conqu6rant

NOUVEAUX COMBATS 105 moderne, celui qui 6clipsa Alexandre, effaCa CUsar et Annibal, rdduisit h de mesquines proportions les faits les plus 6tonnants de l'ancienne histoire, l'homme du sidcle, apres avoir gagnd cent batailles sur les premieres nations du globe, pensait avoir fixd pour jamais la sup6rioritd de ses armes. Mais ces nations aguerries par des revers, 6clairees par les sacrifices que leur avaient colftis tant de combats inutilement soutenus au sein de leurs propres territoires, marcherent un jour contre la France et vainquirent 'invincible. Le malheur d'avoir 6t0 si souvent battues leur apprit enfin a battre a leur tour. I Romulus et Remus n'avaient besoin pour acqudrir un pareil advantage que de s'armer d'une volont6 opiniatre, de pers6verer dans leurs travaux guerriers: c'est ce qu'ils comprirent. Ils tenterent de reprendre les villes conquises. L'une [VIII, bAtie sur la c6te meridionale de l'ile, vers l'extrdmit6 d'un cap montueux qui s'avance dans la direction de la Jamaique, offrait un point de communication prompted et facile entire les deux terres. Par un beau temps, il suffisait de quarantehuit heures de navigation pour traverser l'6troit canal qui les sppare et apporter des secours h I'ennemi. Cette place acqudrait par li une sorte d'importance, qui en rendait le voisinage dangereux aux autres villes situdes sur le mWme littoral.

Lcs deux Irbres I'attaquirent avec l'ardeur et I'intrdpidit6 don't ils avaient deja faith preuve. Une lutte furieuse s'engagea sous ses murs ; mais la ville, bien ddfendue par ses fortifications et une garnison nombreuse, r6sista aux efforts des assailants qui furent contraints de s'en Mloigner. Sur le littoral oppose, une autre place [VIII] 6tait aussi occupde par les Anglais. De 1t, ils voyaient s'dtendre an loin leurs conquetcs favorisees par la trabison. Romulus et Remus formerent contre eux une entreprise nouvelle qui echoua de la m6me maniere, et pour les mnmes raisons que la prec6dente. Peu de temps aprbs, l'ennemi 6tant parvenu h se manager des intelligence dans la ville qui est maintenant la capital du pays, s'en rendit maitre en surprenant la nuit, a la faveur d'une pluie d'orage, une fortification important. Cette circonstance dmut p6niblement les deuxfrbres en butte a la mauvaise fortune. On semblait croire qu'ils s'6taient mal defendus; mais le soupcon injurieux qui plana quelques instants sur eux, recut un 6clatant d6menti des 6venements memes. L'invasion dtrangbre faisait des progrbs; cependant, les Anglais n'avaicnt pas assez de forces pour, pretendre sonmettre violemment le reste de la colo-

NOUVEAUX COMBATS 1UI nie. Leur unique resource 6tait de gagner, si cela se pouvait, par des processes fallacieuses, ceux qui tenaient pohr'-la France. 11 fallait commencer par calomnier l'homme a qui les deux frbres s'etaient attacaifs, essayer de ruiner son credit ; ensuite, une fois la conviction des defenseurs de la colonie Bbranl6e, leur offrir de l'argent, des grades, des 'franchises garanties par la magnanime Albion, en change de droits r6putes fictifs et 6ph6mbres. lis ecrivirent aux fils de 1'Africaine : ( Que gagnezvous a combattre, a verser votre sang pour une 'Imre-patrie ingrate, qui disavoue votre affranchissement, et partant, les services que vous lui render come citoyens et Imimme hormfes ? Son agent vous trompe. II est mande en France pour rendre compete de sa conduite, et se justifier du crime d'avoir emancip6 les enfants de cet ile. La France a faith vocu d'y 6tablir 1'esclavage sous des conditions plus dures, plus avilissantes q'u.: jamais. Quelle triste rdcompense pour votre fidelity Ralliez-vous done a nous qui venons sans int6rkt et de bonne foi vous assurer la libert6au nom denotre gndereuse patrie ). Romulus et Rmus repoussereat avec indignation lMs offres perfides des Anglais et de leurs agents. A ceux-ci, ils repondirent avec la noble conscience du devoir : Que la France renie, s'il lui plait, nos services, nous sommes heureux de verser notre

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