La colonie en flammes Stella · Capítulo 13 de 16
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La colonie en flammes

LES CIIENS 200 jeune officicr qni s'6tait faith connaitre par un coup d'6cl:ht. Ces deux expeditions eurent deux rdsultats diff6rents. La premiere fut couronnee de success: un rude combat ddgagea la place menace par les Indighnes et les refoula dans l'interieur du pays. La second 6choua : A peine les navires qui apportaient les troupes eurent-ils Wtd apercus, que le jeune capitaine a qui teait confide le commandement de la ville centre laquelle ces forces se dirigeaient, l'incendia, sachant qu'il ne pouvait la ddfendre, et alla prendre position non loin de 16 sur un morne fortified et approvisionni par ses soins. Les Francais d6barquerent, traverserent sans s'arretcr la ville.en cendres et vinrent sur deux colonnes assaillir le fort avec une extreme vigueur. Les Indigenes deployBrent une vigueur ggale, Ils repousserent successivement les deux colonnes qui essuyerent de grandes pertes. Les Fran.ais retournerent par mer an chef-lieu du ddpartement oil mourut leur general, d'une blessure qu'il avait reue dans l'attaque du fort. Cet dchec irrita Rochambeau h ce point qu'il efit, dit-on, combld la measure de ses crimes en 6gorgeant tous les indigenes qui 6taient sous sa main, sans l'intervention d'une honndte et couragecuse influence. 11 ordonna nDa:nmoins I'cmprison-

25 4 STELLA nement de la mine et de toule la famille du valeureux officer de itli lui venait son affront; il s'en vengen sur des femmes... Revenons A la mission de son envoy. Elle consistait principalement dans l'achat de chiens dresses pour la chasse aux hommes. Les chiens devaient 6tre mends a la guerre, h Saint-Domingue, centre les Indigenes tant par rapport aux cmbuscades que les Frangais ne pouvaient jamais 6vitcr, qu'h cause des vides qui se faisaient dans l'armne et que les renforts regus d'Europe ne comblaient qu'imparfaitement. L'utilit6 de ces animaux dtaient si bien d4montree, que 1'envoyd ne marchanda pas. II crut sans doute qu'il n'y avait qu'a les payer cher pour les avoir bons: quelques centaines de chins lui revinrent ainsiA un prix considerable. II en expddia une parties dans 1* Nord et vint lui-meme avec le reste dans l'Ouest. Ceux-la arriv6rent avant le depart de .Rochambeau pour le ddpartement oi furent conduits ceux-ci. Le Capitaine-Gendral, ddsireux de voir si l'acquisition r6pondait a son attente, fit une experience qui excita la curiosity de toute la population europdenne de la capital. Comme les chiens avaient cofitd une some fort aa-dessus de celles que les amateurs les plus extravagants ont jamais mises dans ces sortes d'animmaux ftochambeau pretendait, avec certain justice, que '

LES CHIENS 255 ses dogues eussent des qualities en proportion, c'est4-dire qu'ils fussent h la fois chiens de chasse et chiens de combat, qu'ils sussent venter la trace de l'ennemi et en mime temps l'attaquer, le terrasser, le dichirer. Or, pour 6prouver sa mcute, il transform une cour en amphitheatre avec des gradins, come dans ces lieux oh les Romains assistaient aux'combats des gladiateurs et des bates feroces. A un poteau, place au centre de marine, fut attachI un jeune hommc, Africain d'origine : c'dtait le malheureux qui devait servir a la cruelle experience ct qu'on reservait aux chiens pour pature. Les gradins 6taient occupies par une foule d'hommes et de femmes richement parades. Rochambeau 6tait A la place d'honneur au milieu de son 6tatmajor. On avait en soin de faire jeiiner les chiens avant de les lecher contre la victim. Quoique affames, ils la flairerent et passerent outre, en ddpit des gardiens, de leurs excitations et de leurs cris. Il y eut alors un grand d6sappointement parmi les spectateurs. Rochambeau le premier hocha la tdte et semblait dire en lui m6me: Je suis vold. Un gendral francais, officieusement barbare, tira son sabre, le passa au travers du corps du jeune noir et prit un chien don't il mit la gueule dans la plaie; allIche

2ot>i SI'ELLA par le sang, l'animal enfin sc resolut a mordre, et tous Ics autres A son example. En moins de cinq minutes, la proie humane fut devor6e, et il ne rest plus quc des os auxquels adhdraient quelques lambeaux de chair pantelante. Alors rctentit un immense hallali accompagn6 de battements de mains fr6n6tiques. Rochambeau dtait possesseur do ce qu'il Ini fallait. 11 attribuait l'hisitation queles chiens avaient montr6e d'abord au defaut d'habitude, ct pensait qu'il serait facile de les familiariser avec le nouveau service qu'on leur demandait. 11 ordonna do complete leur education, et de ddvelopper en eux le goit de la chair humaine. Bient6t, ils furent comprise dans un corps d'armne envoy contre les Indigenes reunis au camp de la montagne. Stella y avait donnd rendezvous aux deux frbres. Ello savait que le berceau de 1'insurrection allait 6tre attaque ; elle n'avai ndglig6, on le pense bien, aucune precaution pour la defense commune. Comptant sur elle meme plus que sur de nombreux bataillons, elle avait souhait6 ndanmoins que 1'6lite des troupes indigenes l'entourat, parce qu'elle voulait que 1'arm6e entirre recueillit le fruit de la victoire. Les remparts qu'elle avait releves de ses mains 6taient indestructibles : 'ennemi devait inutilement sc heurler contre ce mur d'airain ; mais elle exigeait que les deux freres-contribuhssent d'une

L[ES CIIIENS 2i57 manibre visible, rdelle, an salt du camp, afin de l]ur en laisser toule la gloire. Les fils de 'Afric.iine, pour hdriter des travaux de la fille du ciel, 6taient obliges d'y prendre nnergiquement part. sent s'en parer L Ions les yeux et que leurs ennemis mimes fussent contraints de dire, voyant ces dons; Ils les ont meritis. En effect, qui oserail nier que le droit d'MtreJibres, souverains, inddpendants, droit solcnnellement reconnu par la France libdrale et just, d'avoir une terre qui lear apparlint, de prendre rang dans la grande famille des nations, n'ait 6td honorablement et Ihgitimement acquis par ceux qui habitent aujourd'hui I'ile qui fut Saint-Domingue? Beaucoup de peoples occupent un plus large space sur le globe; aucun n'a une plus noble origine politique Les dispositions prises pour la defense du camp dtaient ing6nieuses et simples. Les troupes bordaient les remparts intericuremenL sur deux lignes; de forts ddachements 6taient places en embuscade dans les bois de chaque c6td de la route, en avant de la riviere; Feau, arrtote h quelques pas audessus du gu6, par une digue en pieux, garnie de fascines, 6tait entibrenent d6tourn6e de son course; des soldats, pourvus de haches, avaient leur pose tout pr'is de la digue qni devait ktre rompue a un

20Y STELLA signal donn ; la route de la montagne 6tait d.- blayee et aplanie, come pour inviter l'ennemi a monster. Quand la division frannaise parut de l'autre c6td du torrent, Slella rappela aux deux frires, en leur montrant les chiens, ses paroles d'autrefois si compl6tement v6rifis : (( On poussera meme l'aveuglement et la stupidity jusqu'a s'en remtctre aux chins du soin de vous rdduire. Entendcz-vous ? des chiens, de veritables chiens, transforms centre vous en soldats. ) Romulus et Rdmus sentirent vivement cclte humiliation : leurs cwears palpitlrent do rage. L'cnnemi s'avance, et les chins, places a l'avantgarde, ddcouvrcnt les embuscades sur lesquelles on faith feu, sans s'arreter et sans chercher a pindtrer dans l'6paisseur des forkts qui les cachent. Ce sont de terrible d6charges exccutces avee une regularitQ, u ensemble parfait. Elles accusent des soldits accomplish. L'art n'y trouve rien h reprcndre. On diraitles savants exercices d'une petite guerre. Abritis par les arbres, blotlis derriere les rochers, couches a plat venture dans Ics broussailles, les Indig6nes admirent presque en s6curit6 le talent de leurs ennemis. 1ls ne tirent pas si bien, eux, tant s'en faut. Leurs coups, entendus de loin, ont.une similitude choquente avec

LES CHIENS 059 les detonations que produit en brclant une touffe de bambou [XXXIV]; mais presque tous ces coups portent. Avant d'atteindre le camp, 1'ennemi compete beaucoup d'hommes de moins, notamment des officers. II traverse le lit dessech6 du torrent et monte avec assurance. Le combat s'engage a portee de mousquet. Les Francais, n'ecoutant que leur valeur, courent la baionnctte en avant contre la fortification don't le fcu ne se ralentit point. Nous croyons utile de prevenir que dans ces affaires d'embuscade, qui ont 6t6 les premieres, les chiens ayant fait preuve d'instincts fort peu guerriers, ont passed ignominieusement de la t&te a la queue ; c'est pourquoi il y amaintenant a l'arri6regarde toute une meute hurlante, aboyante, qu'on ne retient qu'. grand'peine. Cependant, les assailants parviennent jusqu'aux remparls et sont forces de r6trograder, tant la rdsistance est vive et soutenue. Ils remontent h plusieurs reprises, toujours pour redescendre. La derni6re fois son, sort avec imp6tuositd et les culbule au pied de la montagne. Tandis qu'ils sont pricipites dans le lit de la rivibre, vers l'ancien gud, on rompt plus haut la digue, et 1'eau, avec la force d'une avalanche, s'dlance en bouillonnant, les submerge, les

ZOU STELLA emporlc. Le pelit nombre de ceux qui ont 6chapp. au fer, el. que le torrent n'a pas engloutis, sont, pour comble de disgrAce, harcelds, pendant la d6roule par les chiens qui, ne sachant pas precisement les distinguer des Indigenes, erreur excusable, surtout dans ine fuite, les traitent en veritables ennemis. Ce suces se lie i travers les annees au premier exploit des deux frires, et donne une nouvelle ccdibrite h la montagne, demeuree sainle comme la rnminoire de 1'Africaine qui l'avait ddsignee a ses fils pour 6tre un camp, et glorieuse comme le nom de la vierge qui y fixa la victoire. Romulus et 11Rmus ont cmr voir, le soir du combat, I'ombre de leur mbre errer aulour du camp. Elle ne s'est pas approchie d'eux; mais h sa d6marche, h son maintain, ils ont devini qu'elle est satisfaite, et il n'en fallait pas davantage pour rejouir b ces hommes nairs qui ont toutes les superstitions du ccur. L'africaine leur 6tait apparue une fois en songe pour les gourmander, et son air courrouce, ses paroles ambres les avaient affects douloureusement. Elle venait maintenant, doux ftntime, leur apporter la joie, en leur faisant comprendre qu'elle 6tait content d'cux. C'itait alors leur conscience qui leur reprochait d'avoir n6glig6 des devoirs contracl6s

LES CHIENS 261 envers la mimoire d'une tendre m*re ; c'lail encore aujourd'hui leur conscience qui leur disait qu'ils s'etaient rendus dignes d'elle. Cette miere revivra bienl6t pour eux dans la patrie; et alors quel culte ne lui rendront ils pas!... Cependant Rochambeau, n'ayant plus h computer sur ses chiens, dtait rdduit a la seule resource de son armme. 11 n'avait toutefois rien perdu de son nnergie. Doud d'une fermet6 indbranlable, ce chef ciut kti illustre sans sa f6rocit6. L'enormit6 de ses vices empecha de distinguer ce qu'on admire le plus volontiers dans I'homme, le courage. Un renfort de deux mille soldats arrives d'Europe permit au general en chef de poursuivre vigoureusement ses operations. II mit h execution, dans le Sud, un plan de champagne habilement concu. Trois colonies, parties de diffrrents points, devaient converger vers le chef-lieu de ce ddpartement, d'oi , sortirait une quatribme colonne pour former le cercle de fer dans lequel on meditail d'enfermer les IndigBnes camps h quelques lieues de 1a, afia de les ecraser. C'en etait fait rdellement d'eux s'ils avaient pu 6tre surprise ; mais comment trouver en defaut des hommes si vigilants qui, connaissant la sup6riorit6 de leurs ennemis, cherchaient a les 6galer, sinon par la hauteur des combinaisons, du moins par la rapidity des movements, et qui 45.

262 STI'SLLA avaient pour espions une population cntiere ?... Los Francais ne parent se sauvcr des fatales embuscades. Deux colonnes furent mises sans peine en ddroute. La troisieme resista plus longtemps. 11 y eut entire elle et les Indigenes un combat sanglant auquel donna son nom un monticule [XXXV] qui, comme tant d'autres lieux c6lbbres du pays, est le garden des impdrissables souvenirs de la guerre de linddpendance. Les Frangais, battus en cet endroit, perdirent trois cents hommes, un adjudant-g6ndral, et se replierent sur un bourg situd h plusieurs lieues en arribre oh des navires de guerre les recueillirent. La quatrieme colonne fut enveloppee et eit 6td taillde en pieces, si d'autres troupes europdennes n'Wtaient venues a temps les degager. Les Indigenes pouvaient se dire les maitres du Sud, a l'exception de deux grandes villes et de quelques bourgades. Ils l'taient aussi a peu pres de I'Ouest et du Nord. Lcur position prospbre contrastait singulibremeat avec celle des Francais, qui 6tait devenue si p6nible, que lochambeau jugea n6cessaire de dp&- cher un general en France pour y faire connaitre ses embarras, et tAcher d'en obtenir au plus t6t des hommes et de P'argent. La colonies, produisant en raison inverse des progr6s de la guerre, etait arrivee a n'avoir plus rien a

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exporter ; les recettes publiques, tries dans leur source, livraient Ic pays I la rigucur de toutes les ndcessitds. I1 s'y 6tait ouvert un gouffre de besoins qui avaient bien vite englouti deux envois de fonds de la mdtropole. La famine regnait dans les places assidgdes. Heureusement pour les siens, Rochambeau avait laissd le commandment de la capital de Indigenes. Ils parvinrent, ces lieutenants moddrds d'un chef violent, a s'entendre avec des cultivateurs qui leur procurbrent toutes sortes de denrees alimentaires, c'dtaient les contrebandes de l'insurrection. Dans le Sud, a la faveur d'une trove, un march s'ouvrit aux portes du chef-lieu du department pour I'approvisionnement de la ville, qui put ainsi tenir quelque temps encore. impatiente d'un dinotiment que retardaient les concessions faites h l'ennemi; mais ille aimait i voir les Indigenes s'honorer par la g6ndrosit6.

DERNIERS EFFORTS.

Tandis que Saint-Domingue 6tait le theatre de si graves 6vinemen(s, un d\inement bien plus grave se passait en Europe: le trait de paix d'Amiens dtait rompu, et la France tirait de nouveau l'dp6e contre son irriconciliable ennemie, l'Angleterre. Cette guerre europdenne devait absorber la pens6e, I'int6r6t, les moyens de la mntropole; SaintDomingue devait 6tre ndgligde et le fut en effet: dbs ce moment, elle ne recut plus de secours de la merepatrie. Un novel incident fAcheux sembla lui annoncer sa perle prochaine. Le g6ndral que Rochambcau avait faith partir pour Paris afin d'y rendre compete de la triste situation de la colonie, 6tait tomb6 au pouvoir des Anglais; et lcs details contenus dans

nERNIERS EFFORTS ZUo les d6peches don't il etait portcur, leur servirent de renseignements pour agir avec une connaissance parfaite de-rltat interieur de Saint-Domingue. SIls offrirent un concourse indirect aux Indigenes en bloquant des-ports de l'ile. Dans le meme temps, les deux fir'res poussaient avec une 6nergie crois- -sante les operations de cet immense siege qui emp:isonnait dans les villes les Francais accablds par la .maladie et les privations. Les fils de l'Africaine avaient su 6tablir dans leiur arinde disseminee sur la surface du pays, un"ordre presque rdgulier et line discipline assez severe pour produire cette unite d'action nic'ssaire h un grand rdsulltat. Ils"avaient crdd des corps de troupe sous le tire de demi-brigades avec des numdros d'ordre, a 'instar des troupes franqaiscs. Lcur drapeau ltait bicolore : c'dtait la simplification de cc drapeau frangais auquel ils avaient 6t si loagtmnps fiddles qu'ils avaient rendu Iriomphant dans la guerre contre 1'6tranger etqui reprssentait ddsormais pour eux un drapeau ennemi, celui de I'esclavage. Les couleurs adoptees par les deux frbres avaient an moral uu sens que nous avons deji essay d'inlerprdter ; leur signification poltique dtait.indpendance. Les Frang.;is n'eurent une just. idde des kvene-

ments, que quand ils virent-arborer dans le canp de l'insurrection ce nouvel 6tendard. La robe sanglante de 1'Africaine; ancien gage d'un crime impuni, 6tait un signe de vengeance sous lequel Stella avait permis que les deux freres r6unissent leurs soldats, afin de leui. com'muniquer 1'lan d'une forte passion; une fois l'essor imprimr, elle attacha une autre couleur h la premiere et.perpetua ainsi le souvenir de la glorieuse association qui lia pour jamais les fils de 1'Africaine et les rendit deux fois frbres. Jusque l1, leurs ennemis n'avaient cru se trouver qu'en presence d'une sedition; grande fut leur surprise et plus grand leur ddpit, lorsqu'ils reconnurent une revolution a ce qui en etait le symbol, - un drapeau. Les Franais jouaient leur reste avec courage, mais sans avoir de chances favorables; un retour de fortune n'6tait plus,possible. Leurs desastres etaient irr6parables. Imprudents joqeure, ils avaient tout risqude la fois. C'est que pour eux la parties avait Wtd trop belle !... Ils furent si confiants dans leur force, qu'ils ne comptbrent pour rien la toute-puissante main qui tenait les destinies. D'une part, la coljnie en proie h deux 16ements de destruction, 1'epid6mie et la guerre ; de l'autre, la voie des secours fermee : voila le grain de sable

DERNIERS EFFORTS

providentiel, contre lequel allait se briser le chir du Colon.

Comme l'annde pricedcnte, la peste redoubla d'intensitd 1l'approche de la canicule: les h6pitaux ataient remplis de malades europdens et I'armee diminude necessairement d'autant. Les deux frhres promenerent l'incendie an sein de la vaste plain qui avoisinait la ville oh se tenait Rochambeau, et y exercerent de sanglants ravages. Cependant ils furent battus dans diverse rencontres. Les Frangais n'en Mtaient pas pour cela plus avances: ils ne savaient comment remplacer leurs morts. Les forces europdennes allaient s'6puisant, s'an6antissant rapidement, decim6es qu'elles 6taient chaque jour sans pouvoir 6tre renouveldes. Le gouvernement de la m6tropole, en consequence de la guerre dcclarde en Europe, envoya l'ordre an Capitaine-GUndral de Saint-Domingue d'aller reprendre son poste dans le Nord, la capital de la colonie 6tant par sa position gdographique plus favorable h la regularit6 des communications avec la France, et par sa situation naturelle moins susceplible d'etre bloqu6e que la ville de I'Ouest ou Rochambeau s'dtait transport il y avail pres de quatre " mois.

ZO0 STLLI.A De retoult la capital, .le Capitaine-CGndral fit savoir que l'lat. do side l.;:it mahinlnu. 11 dCclara francs de droils tous les comestibles dirangers qui viendraicnt 'i Saint-Dominguc, en supposant qu'il y en'vint: car, i moins de computer sur les cas de relache force ou sur d'autres hasards, le gouvernem nt de la colonic ne pouvait s6rieusemcnt attendrc quelque chose de cette measure, le manque de denrecs d'exportation pour 1'dchange et lc blocks ltabli par Ics Anglais etant des raispns suffisantes pour que Ics ports de 'ile fussent d6sert6s complement. Quant au soin, en apparence superfIn, qu'il prit d'annoncer que 1'6tat de sidge se prolongerait, c'ktait avec 1'arriLre-pensde de pressure les comnmerants et de leur extorquer l'argent quc rcclamaient les besoins de son gouvernement, h bout de resources. 11 instruisit le pays, par une proclamation, de la guerre qui s'etait rallumee entire l'Angleterre et la France, et dit h ce sujet tout ce qu'il crut propre a reliever le moral du soldat et a calmer les inquidtudes du Colon. MalgrB cet encouragement official, 'assassin de I'Africaine dtait tres-peu rassuri. Les 6vnnements ne laissaient plus de champ L l'illusion: il avait des apprChensions sinistres et tremblait. La pusillanimit6 n'dtait pas la moindre de seg.

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infirnites morales. 11 avait la faiblcsse d'ame particulibre aux natures .goistes et vaines. Tel qui se montre orgucillcux et cruel dans la prospiritE, est ordinairement timide ct has dans l'adversit& Le veritable courage s'allie h la gendrosit6, et c'cst la bonti qui l'enfantc. L'cspoir des deux fires s'accrut du desespoir du Colon. Is resserrbrent les grades villes pour forcer l'cnnemi h en ouvrir les portes. Une de celles de l'Ouest se rendit, moins la garnison que recueillit nn navire de guerre. Les quelques places du Nord qui tenaient encore, 6laient sur le point de capituler. L'dtroit space occupy par Ilochambeau Cdail commela parties indispensable d'un comptoir que garde un home d'affaires en d6tresse, pour achever de r6gler ses competes. C'etait pendant qu'il se trouvait dans cette situation extreme que, las enfin d'une tyrannie feroce don't stB propres compatriots 6taient ih leur tour victims, on conspira son renvoi de Saint-Domingue. Les generaux frangais qui tramerent ce complot avaient I'esp6rance de pouvoir, apres l'expulsion de Rochambeau, ramener h eux les indignes, en leur faisant des avances de reconciliation. Cette esperance 6tait mal fond&e. II n'y avait plus de rapprochement possible entire les deux races d'homnmes

21U STELLA qui luttaient dans la colonie. Sans double, Rochambeau s'6tait rendu odieux aux enfants de Saint-Domingu ; sans doute, il s'6tail port contre eux a tous les excess : c'est h lui, disons le bien haut, c'est a ses atrocitds inouies qu'il faudra attribuer, en grande partic, Ics terrible represailles don't useront plus tard contre leurs ennemis les Indigines vainqueurs. Mais les deux frbres haissaient I'etclavage plus qu'ils n'execraient Rochambean; ainsi, ce chef de moins, la question serait demeurde la mime, irne question de vie ou de mort. Toutefois, le complot s'dventa. Les gdn6raux qui 'avaient fait subirent la peine de la deportation en France, et telle tlait la crainte imprimie dans 'armde par eI despotisme du chef, qu'elle n'osa murmurer du renvoi de ces gnd6raux qui pourtant lui 6taicnt chers. D'autres furent embarquis, peu de temps apres, pour avoir tenu une conduite trop moddree ou un language trop hardi au gouverneur dans le sens du bien. Cependant, une ville [XXXVI] imporlante du Sud fut remise aux Indigenes. C'dtait la ville de predilection du Colon, celle qu'h une 6poque anterieure, il livra la premiere aux Anglais et qu'ils abandonncrent la derniire, celle oih s'6tait conservee le plus longlemps son influence et oii s'est pcrpdtud le souvenir de sa perfidie. II fut tres sensible a la perte de

DERNIERS EFFORTS 2I1 cctte ancienne place d'armes de la trahison : son d6sespoir en augment. La garnison frangaise, s'dloignant de cette ville, fut faite prisonniere par les Anglais. Deux places du Nord se rendirent vers le meme temps. Dans l'une [XXXVII] les Indigenes signal1rent leur presence par le desordre : dans Pautre, [XXXVIII] les Anglais donn6rent un example de magnanimilt vraiment beau, quoique incomplete. Le general francais qui commandait ctcte derni6re ville, avait et6 enlev ai son armee au moyen d'une coupable ruse. Un vaisseau de guerre anglais se presented dcvant le port, en force I'entric, s'cmpare d'un navire francais a l'ancre don't 1'dquipage est 6puise par la fievre jaune, et se prepare a declarer la garnison prisonni6re, lorsqu'il apprend qu'clle est priv6e de son g6ndral. Cette consideration cst puissante dans l'esprit du capitaine anglais. 11 refldchit au tort qu'a fait a la defense l'absence de celui qui en devait 6tre 1'ame. Des soldats sans chef ne sent point pour lui des ennemis, ce sont des malheureux qu'il faut secourir. II les prend sur son navire, et les transport dans la capital du pays. Le trait eit 6td sublime si, ayant reclam6 ensuite le general francais que les Indigenes retenaient prisonnier contre le droit des gens, il ne l'avait constitud prisonnier au m6pris du meme droit.

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