Les deux frères
sang pour elle. Vos promesses ne nous tentent point. Nous aimons encore mieu.x etre les fils persecutds d'une mbre ingrate qj. me nous enr6ler sous la banni6re de la trahison. Le Colon est votre allied ; cela suffit. Gardez votre or et
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^ '* COALITION.
La rvaouation "enfmcel grandissant de ses excls et d% ses fure rs, avat fitt fuir les ennemis de la souverainetd populaire, ce;airistailo iqui ne reconnaissait qu'un pouvoir de droit divin. Hormis quelques imprudents trop lents h gagner les frontieres, touted la noblesse de l'epoque avait emigrd et croyait, selon l'expression d'un Convention-' nel, avoir emportd la patrie A la semelle de ses souliers. Elle s'6tait ligude avec Nltranger pour venir purger la France du monstre. qui avait ddvor6 Louis XVI qui allait d6vorer sa femme, son fils, sa sceur, et qui nouveau Minotaure, exigeait pour sa pAture quotidienne une fournde de victims. Un certain nombre do ccs royalists d6lcrmin's
4 10 STELLA passbrent a Saint Dominguc ct-se rdanirent, les uns aux Anglais, les autres aux hli;bitrllnt de la panic orientale de Y'ile, alors co f esplgpole. Cette parties subissait I'influence des idees monaichiques de la metropole et partageait segympathies pour la famille des Bourbons don't l'Espagne tirait ses rois. La colonies espagnole avait des esclaves : c'tait pour elle une raison de plus d'4tre hostile L la p'a - session frangaise oih la liberal veu.il d'etre proolamie: elle se coalisa avec les Anglai. . Ainsi, la revolution qui, en Europe, avaif fait n i- "Stre la France au bales iWRions, appelait en Am6-' rique, sur Saint-Domini, sa fille, tous les maux de la ju 1re. Cette mere, attaqu6e de pros, 6tait encore menac6e de loin dans une portion d'elle meme impossible A d6fendre. Pour lui nuire, on favorisait, sans y penser, l'inddpendance prochaine de Saint-Domingue qui, pouvant alors s'opposer a la domination 6trangbre par ses propres moyens, par ses seules forces, devait dgalement pouvoir s'opposer dans la suiteau rtablissement de l'esclavage, et secouerle joug de la m6tropole. Peut-6tre cette grave consequence, s'il avait etd donn6 de la prevoir, eft-elle arrWte les ennemis de
COALIIION II la France agissant en cet instant contre elle par pure animnosit6. Personne ne songeait a fire du bien aux anciens esclaves : tant s'en fallait !... On leur prdparait de nouvelles chaines; mais, avant tout, on voulait se venger de la Rdvolution. Cette idde aveugla ceux qui s'y abandonnerent avec la precipitation de la colre. Elle fut ensuite pour eux, i n'en pas douter, une cause de remords. Is Iravaillerent a leur insu au profit de la liberty ; et les ..,,veneients accomplish offrirent h leur meditation tardive une de ces grades lemons providentielles dinnies aux hommes pour punir leurs haines et confondre leur orgueil, Les deux frbres se distinguerent dans plusieurs combats; mais il 6tait dcrit que leurs efforts devaient etre infructueux au debut de cette guerre. Le disavantage leur resta done, sans qu'ils manquassent un instant de resolution, sans que leur ardeur s'attiddit aucunement. Une 6tendue de pays assez vaste, malgrd les occupations anglaises et espagnoles, etait en leur pouvoir. Ils savaient tirer parti des resources importantes du territoire qu'ils possedaient. Avec ces resources, ils pouvaient etre patients. Du reste, pour se reliever de leurs premiers revers, ils n'avaient qu'a se rappeler cette morale pure et consolante de Stella: a Les vues de la Providence sont impdndtrables : aux uns elle aplanit les obstacles,
'12 STELLA aux autres elle prodigue les pines. > Cette morale, dont.le sens n'est pas obscur, signifiait comme la morale BvangBlique dans sa brievetd sublime: croyez et espirez.
ACCUSATION, DEPART.
II arriva, ainsi que les Anglais l'avaient annonce, sans en 6tre d'ailleurs certain autrement que parce qu'ils savaient qu'une faction colonial s'ing6niait a Paris pour 6garer le gouvernement de la metropole et lui inspire des pr6ventions contre son agent h Saint-Domingue, il arriva que le protecteur des deux frpres fut accused et mandd en France. Son tort reel, capital, 6tait d'avoir proclam6 la liberty ; mais le gouvernement s'6tant vu oblige de consacrer cette liberty par une decision solennelle, afin de conserver la colonie prate h lui 6chapper, la faction implacable n'osait s'armer d'une pareille accusation; elle en forge d'autres qu'elle soutint chaleureusement contre le vertueux philanthrope don't dlle avait jure la perte.
Voici ce qu'espiraient les amis du Colon: Une fois que les deux freres seraient privds de l'homme qui les avait habitues a sa droiture et a sa franchise, ils esperaient qu'on enverrait dans la colonies des agents intrigants et de mauvaise,. foi pour attiser le feu de leurs passions et semer-la division parmi eux ; que de cette division naitraient le desordre, l'anarchie, la guerre civile..., et qu'apres que les deux frbres se seraient 6puises, niiills., la France viendrait leur imposer de nouvelles chliin.es, leur dire, avec toute l'apparence du droit: a Je vus ai rendus libres croyant vous rendre heureux ;'riaiA vous n'avez profit de ce bienfait que pour vousq entre-ditruire et bouleverser la colonies; retournez dans la servitude, puisque vous vous 6tes montr6s indignes d'un 6tat meilleur. ) Et qu'ainsi, le regime d6truit serait barbarement reconstitud. Ce r6ve des partisans de l'esclavage n'6tait pas aussi absurde qu'un esprit honnete serait port hI le croire : il n'a manqud h sa rdalisation que la sanction de la Providence. Quoi dira le lecteur, stranger aux dvdnements qui ont eu lieu dans le pays h une 6poque ddjh ancienne, quoi! la France, cette puissance si noble, si chevaleresque, aurait pr6td la main i un pareil attentat? est-ce croyable ? Nous nous taisons, pour ne pas devier de notre route. Le temps est beau, le
ACCUSATION, DEPART i15 ciel propice; notre fr6le esquif court joyeusement au gr6 de la brise qui le pousse; nous nous taisons, n'ayant pas le loisir de nous arr&ter pour administrer des preuves ; nous nous taisons..., mais I'his. loire rdpondra, Cependant Romulus et Remus continuaient d'offrir leurs loyaux services a la mere-patrie. Deux actes relatifs, l'un au commissaire francais r6voqu6 de ses functions dans la colonies, et 1'autre a la liberty g6ndrale que la France prenait temporairement le parti de maintenir, parvinrent presque en mime temps aux fils de 1'Africaine. La satisfac- *ion que leur procura le secondde ces actes ne compensa point le regret don't le premier fut pour eux la cause. La reconnaissance les imut plus profondement que l'int6ret. Leurs droits 6taient disormais garantis par un decret du gouvernement francais; mais aagent disgraci6 avait 6td le premier h les reconnaitre : ils etaient ddjh libres par le fait de cet homme. Le commissaire civil, de son c6td, dut ressentir une vive peine, independamment de celle que lui faisait 6prouver sa disgrace immdritee, en quittant les deux frires qu'il aimait. I ne l'a point exprimbe par des adieux 6crits qui eussent WtI dans la postlritl un temoignage de plus en sa faveur; sans doute, en ce moment oil il .avait besoin d'etre
116 STLLA fort et de le paraitre, il dvitait 1'occasion de s'attendrir. Nous n'exagdrons point nos sympathies : on a le droit de pr6sumer tout ce qui est A l'honneur de ce noble caractere.
L'agent ri'voqu6 s'empressa d'ob6ir a I'ordre qui le rappelait en France. Les deux frbres l'accompagnbrent jusqu'au lieu oh il s'embarqua. 11 partit, laissant les affaires de la colonie dans un 6tat fAcheux, inseparable de la guerre active qui so poursuivait. Cette situation n'avait pas 6td crBe par lui; on pouvait cependant lui reprocher, puisquc la liberty dtait un crime, d'avoir transform les habitants de l'ile, naguere esclaves, en intrdpides soldats, en citoyens ddvou6s. II partit... pour ne plus revenir. Le l6gislateur de Sparte ayant dot6 ses concitoyens des lois qu'iljugeait n6cessaires a leurlibertd, a leur bonheur, obtint d'eux la promesse de ne rien changer a ces lois pendant son absence; il s'dloigna de sa patrie et mourut afin de perpetuer l'objet de cette promesse sacrde. Plus heureux que les compatriotes de Lycurgue, les Haitiens surent conserver comme un ddp6t pr6cieux, la liberty qu'ils requrent d'un homme doud de vertus antiques, qui, lui aussi, mourut loin
ACCUSATION, DEPART 117 d'eux come pour mettre le sceau de l'6ternit af son oeuvre. Benie soit ,a memoire de ce philanthrope ! AprBs le depart du commissaire franQais, les deux freres resterent seuls charges du salute la colonies. Leur emulation s'accrut de l'eff'et des circonstances qui les livrait a eux-memes et les isolait de tout secours. Ils avaient, pour suffire l'immensit6 de leur tAche, une force proportionnee a l'exigence des plus imp6rieuses n6cessit6s, h l'dtendue des plus grands devoirs, le patriotism. Is dirigerent une nouvelle attaque centre cette ville voisine de la capital actuelle du pays, qui avait dejL r6sistd L leurs armes. Elle fut prise d' as . saut. Leur impntuosilt triompha de tous les efloi is de la garnison, dans un combat de quelques heures terming par sa fuite. Les Anglais ne tarderent pas h revenir avec des troupes de terre appuy6es. d'une escadre. Romulus et Remus s'6taient mis en measure de leur resister. Une affaire s6rieuse s'engagea. Des milliers de boulets vomis par les canons de l'escadre ne ddciderent de rien en faveur de 'ennemi. Les navires furent bient6t contraints de se retire, la plupart fort endommages. Dbbarrasses de ces forces de mer, les deux freres n'eurent plus qu'h s'opposer a l'envahissement de cells de terre qui furent 6galement 7.
repouss6es. Ils conserv6rent ainsi leur conquete par une double victoire. A quelque temps de la, ils marchkrent contre I'autre ville du littoral du Sud qu'ils avaient aussi, une premiere fois, mais vainement, essay de reconqu6rir. Les Anglais, avertis de ce movement agressif, avaient fait des dispositions pour une forte resistance que les deux fr6res deconcerterent en pr6cipitant leur march, en agissant avec une rapiditd foudroyante. On les croyait encore loin, qu'ils 6laient d6ej aux portes de la ville. Ils dresserent contre la principal fortification qui la d6fendait, des ouvrages formidable, dans le court space d'une nuit. L'action commenca avec le jour. Elle fut longue et sanglante. La reddition de la place s'ensuivit. Les Anglais avaient perdu beancoup d'hommes tu6s ou faits prisonniers; leurs desastres furent combl6s par explosion d'une corvette mouillee dans le port, sur laquelle s'6taient r6fugi6es les families les. plus considerables de la ville. Atteint d'un boulet rouge, le navire sauta avec un bruit effroyable. Les deux fr6res, entrant dans la place, arbor6rent au milieu de vives acclamations, les couleurs ch6ries de la France. Le chef de l'armie vaincue se suicide de ddsespoir. Romulus et R6mus se signalbrent aussi dans le
ACCUSATION, DEPART 119 nord de Vile par d'importants avaniages remportds sur les Anglais comme sur les Espagnols. La fortune se ddridail ; elle accordait ses premiers sourires aux valeureux enfants du pays qui ne pretendirint a cette dpoque qu'a la gloire de le d6fendre, et qu'elle reservait au bonheur d'en 6tre un jour les legitimes possesseurs, les souverains maitres.
DEBORA.
Dans ces jours de prosp6rit6, Romulus et R4mus n'oublierent point la vierge au culte mystdrieux de laquelle ils s'6taient vouds. Leurs coeurs lui faisaient secrbtement hommage de leurs victoires, et I'en remerciaient pieusement : car c'6tait A elle qu'ils les devaient. Sans elle, en effet, auraient-ils eu la constance qu'ils opposerent A leurs premiers revers, en attendant 1'heure infaillible du succs ; auraientils Wtd assez vertueux, comme citoyens et come soldats, pour rester sourds aux offres les plus seduisantes, et repousser avec dedain 1'or corrupteur de 1'6tranger ? Songez qu'ils n'avaient pris les armes qu'en vue d'une 6troite vengeance, et que le senti ment qui les guidait, s'arretant ce but, ils n'au-
D11)ORA 121 raient jamais prdtendu aller au delh, s'ils n'avaicnt rencontre sur leur route Stella, toute puissante par son eloquence et par ses charmes, qui leur monira un but plus Bloignd, mais plus grand vers lequel ils pouvaient tendre. Or, c'6tait a elle que se rapportaient leur liberty, leurs triomphes. Bien que cette liberty dit 6tre avant longtemps attaqude, elle constituait des maintenant un droit qu'il n'ltait plus permis de violer sans crime et qui mettait du c6tl des deux freres Dieu et la justice. Ils allUrent i la montagne offrir a Stella les premices de leurs succis, et s'inspirer encore de Sses conseils. La jeune fille, assise a l'ombre du palmier de la grotte, les recut avec joie. Elle symbolisait la sagesse don't tous ses discours exhalaient le c6leste parfum: c'etait Dibora, la prophetesse de I'criture, sur la montagne d'Ephraim. Les Anglais, d6sillusionnis par la conduite droite et ferme des deux freres, comprenaient enfin, apris avoir inutilement essay des moyens de corruption les plus irresistibles, qu'ils n'avaient plus qu'Ah vacuer un pays oh ils ne pouvaient se maintenir par la force, temoin leurs r6centes defaites. Voulant d'ailleurs, dans l'int6ret de leur commerce, se retire sans laisser aprbs eux aucune haine motive par des actes de destruction, ilsrendirent aux deux freres
quelques grandes villes presque sans condition, et dans 1'etat oh ils les avaient prises. L'dvacuation g6ndrale 6tait sur le point de s'effectuer. L'ennemi ne voulait en traiter qu'avec les deux freres, quoiqu'il y eit un agent de la m6tropole h Saint-Domingue. Les fils 1'Africaine, qui ne savaient que se battre, risquaient de signer une convention disavantageuse au pays. Dans ce cas, leur inexperience serait leur excuse ; mais le tort n'en subsisterait pas moins. ls exprimbrent h ce sujet leur crainte h battre ce scrupule honorable, et leur dit, se sentant fire de ses BlBves, qu' on en sait toujours assez * pour dicter la paix et recevoir 1'Npde d'un vaincu. Mais le trait qui se fera, rdpondirent-ils, - profitera necessairement au Colon. Qu'importe ! 11 reprendra sa place dans la colonie. Eh bien ! C'est ce qui nous contrarie :nous r6pugnons h fouler du pied la meme terre que ce traitre. Je crois vous avoir cependant prevenus qu'un rapprochement entire vous et lui est necessaire. S'il en pouvait 6tre autrement, vous imposerais-je la dure condition de supporter pres de vous l'assassin de votre mere, cet dtre execrable don't un abime vous separe... Vous avez vu se v6tifier une parties
DEOn.\ 123 de mes predictions ; soyez toujours fiddles A mes avis, le reste se verifiera de meme. L'entretien continue sur d'autres sujets et dura longtemps. Stella, toujours ardente de sollicitude pour les deux frbres, ne se lassait point de redire ce qu'elle leur avait dit cent fois, dans l'intkrkt de leur avenir : (( Aimez-vous, soutenez-vous mutuellement, agissez d'intelligence et de concert, marchez ensemble et du meme pas h la conquite des biens qui vous sont promise. Que l'un ne veuille pas devancer Fautre afin d'avoir la meilleure part. Tout ce qui vous sera donn6 individuellement deviendra votre propri6dt collective. Aucun. de vous n'a plus de droit que son frbre. Vous hles sortis des mnmes entrailles, vous avez souffert les memes maux, vous aurez les memes compensations. La terre que vous habitez ne vous appartient pas. Qu'un jour, refusant de porter des esclaves, cette terre tremble et, dans ses convulsions, se detache de la France, la Providence l'accordera peut-6tre a vos voeux, h une condition toutefois: c'est qu'elle sera pour vous une propridtd de famille, inalienable et indivisible, I'hdritage de vos enfants et le refuge des homes per- -scutes de votre race. ( Mais si, par malheur, 1'dgoisme ou quelque autre mauvais sentiment s'emparait du coeur de l'un de vous, et le rendait l'ennemi de son frere qu'il
chercherait 6 evincer de cc domaine commun, celuila recevrait un chitiment exemplaire : Dieu le frapperait, Dieu plus fort que les plus forts! ) Ainsi parla la vierge de la montagne, et elle avait raison de tant insisted sur les devoirs rkciproques des deux freres envers eux-memes : le moment fatal approchait. Ils se prdparaient a tirer 1'6pde l'un centre l'autre, a se disputer un vain pouvoir. Les sages exhortations de la jeune fille n'dtaient point faites pour arreter leurs bras; mais ils devaient s'en souvenir, dans l'extrimitd du p6ril, pour immoler leur ressentiment an salut common et turner leurs armes contre un veritable ennemi. Avant de quitter Stella, Romulus et Remus furent introduits par elle dans la grotte oii talent d0posdes leurs munitions et leurs armes, qu'ils trouverent dans un 6tat de conservation parfaite. La jeune fille les reconduisit, en passant par le camp jusqu'au bord de la riviere. Elle 6tait heureuse de leur fire les honneurs de ceslieux devenus son empire. Jamais les deux frires ne 'avaient vue si belle. L'air vif de la champagne avait compl6tement efface de son front une legere nuance de langueur, reste des souffrances de sa captivity chez le Colon et ajout6 un brtllant colors h son teint d'une fraicheur incomparable, d'une puretd celeste.
FIN DE LA GUERRE ETRANGRRE.
La paix s'6tait faite a Saint-Domingue, paix honorable que cinq annies de guerre continue rendaient en meme temps un bien pour la colonies. Les hostilitls avaient premikrement cess6 par suite de l'abandon que fit I'Espagne a la France de la parties orientale de Pile, aux terms d'un trait [IX] sign en Europe. ' La.libert6 eut naanmoins le temps de se venger, les armes a la main, contie ceux qui avaient trafiqud [X] du noble sang"Ogd et de Chavannes, ses glorieux martyrs. Plusieurs combats s'6taient terminds a sa gloire, et les Haitiens devaiedit plus tard fouler d'un pied'"v'aqueur, cette terre d'csclavage qui fut inhospitaliire au courage inilheureux. .
Le depart des troupes anglaises acheva de rendre i la colonie le came et la s6curit6. II n'y avait plus qu'h cicatriser les plaies de la guerre ; une sage administration pouvait y arriver sans peine, en s'aidant des resources qu'offrait ce pays, done de tant de fertility. Les deux frbres s'appliquhrent a le faire refleurir. On dit que les Anglais, en se retirant, proposbrent h Romulus de d6clarer l'ile indepcndante et d'y fonder une royaut6 a son profit, cc qu'il refusal, port par un motif qui fai honneur a son disinldressement d'alors. Le Colon, comme il avait etc prdvu, choisit le moment oh tout 6tait redevenu calme pour se rapprocher des deux frbres. Dociles h la recommandation de Stella, ils l'accueillirent, mais chacun. d'une manihre diffdrente, selon leurs diffirents caracteres. Remus ne put cacher a son ennemi l'horreur que cclui-ci lui inspirait. Avec sa franche et indomptable nature, il Blait trop difficile au jeune fils de l'Afiicaine de se deguiser pour que ses sentiments demeu Srassent secrets. Ils so faisaientiour ialgr lu'ul. Une reconciliation n'dtait pas pA le ; le Colon le comt prit et s'attacha perfidement a Romulus qu'il trouva, plus accessible. 31diice ido soi, ai t. ri-,lu en partage Ii don du
FIN DE LA GUERRE ETRANGERE 127 silence et de l'impassibilit6, le frere aine avait pou d'efforts' a faire pour dissimuler ses ressentiments. II prit un air de calme bienveillance. Le Colon crut le passed oublid et se flatta de regner dans l'avenir sur les ruines de la puissance des deux freres, d6truits 'un par l'autre. Tout allait etre mis en meuvre pour produire cet abominable rIsultat. Que ne pouvait celui qui, par un laiche 6goisme, avait trahi la France, sa patrie, et appelhe 1'tranger i Saint-Domingue?... Cependant, Romulus ne sut pas dchapper h I'influence d'un contact pernicieux. De basses flatteries, d
donnait lieu a un refroidissement qui en etait le triste avant-coureur, le presage sinistre. L'influence du Colon 4tait rdelle, profonde et d'autant plus dangereuse que le frere aind la niait en la subissant. Cependant I'horizon s'assombrissait. R6mus crut devoir faire un effort pour conjurer la tempkte. 11 voulut 6tre en paix du moins avec sa conscience. Prenant done l'initiative d'une explication affectueuse et franche, il dit h Romulus : ( Frbre, vous vous isolez de moi, vous d6sertez cette amitin au sein de laquelle nous avions toujours v6cu pour nous y retrouver toujours. Que vous ai-ja faith? Pourquoi ce changement ? Expliquez-vous. Qu'ai-je besoin de m'expliquer? rdpondit Romulus. Le changement don't vous parlez n'existe que dans votre imagination. Frbre, vous vous 6tes livr6 sans defense a notre ennemi. 11 vous a tendu sa main leinte du sang de notre mere et vous l'avez accepted : c'est mal. En nous ordonnant d'user de moderation envers lui, der une confiance don't il est indigne, et qui ne pent 6tre bien place que dans un ami fiddle et sir. La nouvelle liaison que vous avez formee est coupable, craignez-en les suites funesles : songez aux malheurs qui nous ont it6 prCdits.
FIN DE LA GUERRE ETRANGERE 129 Vous m'incriminez h plaisir ; mon coeur ne me reproche rien. FrBre, poursuivit R6mus, tenant peu compete de la d6ndgation, vous ne pouvez devenir l'ami du Colon sans cesser d'etre le mien, et de vous appartenir A vous-meme. Vous 6tes oblige de lui sacrifier vos ides, vos convictions, votre volontd, ce que vous ferez bientot a moins d'une circonstance impr6vue qui vous 6claire; vous ddpouillerez vos passions salutaires pour vous incorporer les siennes : mais, h6las vous aurez a vous en repentir. Vos r6ves sont ceux d'un esprit chagrin ; dfiez- "vous-en, je vous le conseille. FrBre, vous succomberez h la tentation du mal : vous ouvrirez votre coeur an mensonge; vous pretercz une oreille complaisante aux paroles dMlatrices de notre ennemi; vous obeirez a ses suggestions perverses, vous r6pudierez vos affections les plus saints, car son ascendant sur vous est irresistible. Ce n'est pas vrai. -- Vous prot6gerez ses vues 6goistes, vous seconderez ses projects ambitieux, vous partagerez ses esperances coupables; vous soutiendrez son credit, vous 6tayercz son pouvoir, vous serez en un mot l'instrument de sa fortune criminelle, car d6dj vous d6pendez moralement de lui. Ce n'est pas vrai, vous dis-je.