Haïti
272 STIELLA Une ville LXXXIXJ de l'Ouest capitula presqu'a la meme apoque. La garnison franCaise 6vacua sur l'ancienne parties espagnole. Lcs Indigenes pregnant possession de la place, s'abstinrent de toute violence, quoique vivement sollicites par une circonstance qui faillit etre funeste a la population curop6ennedu lieu. En quittantla ville, un officer francais avait sem6 de la poudre dans un blockhaus don't Ies Indignes prirent possession le soir et sans se douter de rien. Le feu d'un cigare alluma cette poudre et produisit ane explosion morlelle a beaucoup d'entre eux. Pendant un moment, la soldatesque effr6n6e voulut punir des innocents; elle fut continue par la voix de ses chefs. Plilt Dieu que la sagesse dominAt toujours ainsi le conseil des deux fires !... Le chef-lieu du ddpartement de l'Ouest inclinait h se soumettre. La moderation des Indigenes, maitres d'une place voisine, encourageait cette disposition dans la majority des habitants du chef-lieu. En outre, la famine commenqait a s'y fire sentir. Les comestibles strangers manquaient et on 6tait dans la n6cessitl d'aller tous les jours chercher assez loin quelques vivres du pays. Cette mani6re de s'approvisionner n'6tait pas facile. Elle exigeait de v6ritablcs sorties. II fallait souvent recourir au meme moycn pour rklablir le course de l'eau des fontaines qre I'ennemi d6tournait h sa source. Deux parties euro-
DERNIERS EFFORTS 273 peens luttaient d'inluence dans hl place : un en demandait I'evacnalion, 1'autre voulait qu'on r6sistht tant quc ]a resistance serait possible. Cc dernier parti Ctait celui de Rochambeau; il F'cmporia sur le parti contraire don't les chefs se sauv6rent de la colonies. Les Indigenes de la ville, en butte alors ' une affreuse tyrannie subalterne, appel rent secr6tement, par une adresse, les fils de 1'Afric;ine h leur secours. La guerre touche i son terme. Les FranCais vont coder : ce sont Icurs derniers efforts.
DEPART DE L'ARMEE FRANQAISE.
tente, sachant que l'heure de la victoire dtait proche, pour les preparer h la climence. Elle les cntretint longtemps des devoirs que l'humanitO leur imposait envers les vaincus, et terminal par ces paroles pleines de misericorde : o Vous avez justement a vous plaindre et de la barbarie de vos anciens oppresseurs et de l'iniquitd du gouvernement qui, aprBs avoir solennellement reconnu votre liberty, a criminellement entrepris de vous la ravir.'Des cruautes rIcentes et en grand nombre sont venues ajouter h ces causes de haine et vous convier i la vengeance. Vous serez bient6t vainqueurs; ne tachez pas vos lauriers d'un sang verse hours du champ do balaille : I'assassinat disho-
DEPART DE L'ARMEE FRANCHISE 275 nore et ne venge point. Epargnez surtout ces soldats qui ne vous font la guerre que pour 6tre fiddles h leurs drapeaux et obWissants a leurs chefs, mais qui ne sont point vos ennemis. Les deux freres ecouterent respectueusemcnt les exhortations de la fille du ciel,. mais ne lui firent, en se retirant, aucune promesse. Ils se dirigerent vers la ville qui les appelait. Quatre demi-brigades et divers bataillons, sous les ordres de ces chefs, s'arrkterent non loin des murs de la place et en interceptbrent les principles communications. Un convoi de vivres, escort par sept cents hommes du corps le plus renomm6 de I'armie expdditionnaire, composee de si vaillantes troupes, 6tant en route pour la ville, apprit que des forces supdrieures lui barraient le passage. 11 avait la liberty de retourner sur ses pas et de gagner un bourg d'oii il pourrait'en quelques marches se trouver sur l'ancien territoire espagnol; il pr6f6ra avancer: l'officier [XL] qui commandait l'escorte ne savail pas reculer devant le piril, Ses cheveux blancs, contrastaient avec sa tkm6riti et sa fougite. II a laiss6 une brillante reputation de Bravoure dans le pays. Resolus a poursuivre leir march, les Franqais comprirent ndanmoins I'impossibilit6 de suivre la grande route: ils se jeterent dans des chemins
detournds et s'avancrcnt a travers Ics plantations et les savanes. Les Indigenes envoyerent contre eux des troupes qui les attaquerent, les lnes de front, les autres de flanc, les autres en queue. On leur enlcva deux pieces de canon, toute leur artillerie, sans rdussir h les entamer. Ils continucrent leur march en bon ordre, quoique affaiblis par d'6normes pertes. Plus loin, tne charge de cavalerie les affaiblit encore. Is furent renverses par un dernier choc. Cependant une poignde d'hommes, leur colonel en tte, parvinrent aux portes de la ville et y entrbrcnt aux applaudissements de tous, amis ct ennemis. Plusieurs blockhaus, qui avaient 6td Ctablis par les Fran.ais a des distances plus ou moins rapprochdcs de la place pour la facility des communications, 6taient tombs au pouvoir des indigbnes ainsi que quatre cents Frangais, prisonniers de guerre, qui furent livres an dernier supplice. Ce crime 6tait le prdcurseur de tous ceux auxquels on devait bientbt s'attendre. 11 rdpondait au discours charitable de Stella. La haine dtait sourde a la pitid. Les Indighnes investirent de plus prbs la place. Des batteries furent places sur quelques points dominants des environs ; des postes, touchant h l'enccintc, futrent dlablis malgr6 le feu meurfrier des forts, arms de canons de gros calibre. Complitemcnt privee do 1'cau des fontaines, oblige do fire
i)DE'l.\T DE L'ARMIE FRAN(UAISE 277 usage de celle des puits, peu potable, ne recevant de vivres d'aucun co6t, la place, slcon touted probabilite, ne liendrait pas longtemps. Cepcndaut, quelqucs-uns des boulets lances par lcs Indigines, ayant portl sur un h6pital rempli de maladies curopdens, ces malades effrayds prirent la fuite dans toutes les directions, la plupart sans vWlements, et causerent au-sein de la ville un mouvement d'alarme que des cris de femmes 6perducs chang'rcnt promplcment en ine scbne d'dpouvan.e, sous l'imprcssion de laquelle l'autorilt prit la resolution de capituler; elle rdunit en conscil un certain nombre d'hommes et leur fit part de son project qu'ils adoptlrent. L'un d'eux fut charged de transmettre verbalement ses propositions aux Indig&nes, avec lesqucls on s'entendit facilement. Quatre jours furent accords aux Frangais pour 1'dvacuation de la place. Ils donnbrent et recurcnt un otage. Les conventions faites furentde partet d'antres religieusement observes. L'ennemi rendit la ville au bout des quatre jours. 11 la quitta sur des navires qui furent presque tous captures. Son g6ndral et
a l'Espagne. Ainsi, les debris de 1'armde expdditionnaire n'6chapperent a la colcre des Indig6nes que pour devenir les prisonniers de 'Angleterre ou la proie de l'Ocdan. Que dire de cette fatality, sinon que la cause impie qu'avait soutenue celte armCe quoique oppose a ses convictions, lui porta malheur. Avant de partir de Saint-Domingue, le vieux colonel qui, a la tite de l'invincible troupe servant d'escorte a un convoi de vivres, avait si vaillamment risist6 aux deux frbres, voulut leur marquer sa consideration en leur rendant visit jusque dans leur camp. Les braves forment une famille a part qui n'est d'aucun pays ni d'aucune race. L'officier francais fut recu avec distinction. Romulus le combla d'dloges et vanta sa bravoure. Le fait de s'6tre tant exposed et de n'avoir pas meme ktd blessed tonna surtout le fils de l'Africaine, qui, rapportant ce bonheur a une cause surnaturelle, le dit naivement a l'officier francais pour lui faire un compliment de plus. Romulus commandait en chef I'armde indigene. Son frrre, des l'aurore des 6venements qui changeaient la face du pays, lui avait fait le de'or d'occuper le premier poste, oih il fut confirms par C'est R1mus qui entreprit de drtruire les dner-
DEPART DE L'ARMEE FRANCHISE 279 giques prevention qu'avait excites contre lui sa conduile passe, et qui plaida si bien en sa faveur, qu'il lui concilia tons les esprits. II ne se born pas i precher l'obeissance au chef, il lui obdit tout le premier, ct son example fut generalement suivi. 11 n'y a pas deux versions i cet igard: que devient done cette ancienne assertion du Colon, que le jeune fils doe 'Africaine jalousait l'autorite dc son fi'rc et repugnait lui obeir? Elle reste ce qu'elle a toujours 6td, cc qu'elle sera iternellement, ine misdrable calomnie, une lache imposture.. Les Indigenes prirent possession du chef lieu du d6partement de l'Ouest sans s'y liver au moindre desordre. Quelqucs dssirs de pillage furent aussit0t treprinils que manifests. L'armee se contint dans les bornes d'une s6vere discipline, bien que les soldats eussent endure de grandes privations et que leur nudity attestlt leurs besoins. Ils tinrent une conduite non moins louable dans la principal ville du Sud oh ils enti rent vers le mime temps, a la suite d'une.capitulation signCe par les FranCais avec leurs ennemis d'outre-mer. La garnison frannaise se constitua prisonni6re des Anglais, sops la condition que ses malades et ses blesses seraient transports par des navires marchands sur un autre point de File. cc qui fut fail. La defense 6tait maintenant circonscrite dans
deux villes du Nord. Les Indigbnes allaient reunir contrc ces villes toutes leurs forces et porter, selon I'expression commune, le coup do grA'ce a I'ennemi. En attendant Rochambeau qui, on en a et6 averti, n'avait pas d6crled pour rien l'elat de siege dejd existant, eut des ndcessitls publiques a satisfaire. Le gouvernement 6tait sans resources. 1 soumit tons les habitants de la capital de la colonic i une taxe extraordinaire qui devait ktre acquittle dans le court delai de deux heures L'aulorit6 locale ctait charge de fixer la sommne A payer paiu chaque habitant selon sa fortune. Huit commercanis furcnt taxes separ6ment. Suspects au Capitaine-Gdndral pour avoir ose quelquefois blimcr ses acles, ils ktaient de plus soupponnes de complicild avec les gCndraux qui avaient conspire naguire son renvoi de la colonies: il tenait a leur faire payer. De par la volonte du general, ces commercants current done i contribuer pour une valeur considerable. Trois d'entre eux s'executerenl de bonne grace ; les cinq autres, sur un refus motive, furent mis en prison. Des sacrifices en lib6rirent encore trois, - don't lun, ruined du coup, en perdit la raison. Les deux autres n'avaient ni argent ni moyen dc ie n procurer immediatement. Rochambeau. le savait. Voulant so venger de 'uri deux, il ordonna de le fiire nmourir. Un fri'ro qnu';iait le coimmer';a:nl (t-
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(ui etait aussi son associC, offrit inutilement en paiemenL de la some exigce tones les marchandises que contenail leur magasin. Des personnel g6n6rcuses demandrentle temps necessaire pour so coliser et rIunir cette some. Le Capitaine-Gnd6ral feignit de se rendre a leur priBre, et, tandis que la charity faisait diligence, le prisonnicr qui devait mourir ctait conduit a quelque pas de la demcure du gouverneur et fusilld. Celui qui restait fut elargi sans rangon. C'6tait sur un Europ6en, Frangais comme lui, quc Iochambeau avait assouvi sa rage sanguinaire. Si lit il n'y cut pas licu h repr6sailles de la part des Indigbnes, di moins quel trait de fhrocitl ajout6d plant d'autres quel funesle example de cruelle d6mence !!... La ville oi se consomma le meurtre demcura plongde dans la stupeur. Rochambeau, lui, garda une physionomic sereine, quoique s'attendant d'ailclurs a voir dans pen sur les bras toutes les forces de I'ennemi. On dit qu'il n'avait que cinq mille homes de troupes valides et que, engage par plusieurs des is h quitter la place et a se refugier dans la partie orientale de f'ile, il repoussa avec humeur ce timid conseil. C'etait un acte de courageuse resolulion qui, du reste, ne doit point 6tonner de sa part. 160.
'15Z STELLA 11 y avail en lii Ic general et I'homme : Fun ne manqunit ni de bravoure ni de talent, quoi qu'en nient dit ceux qui l'avaient jug ha l'epoque de son premier voyage A Saint-Domingue et don't nous avons rapport ailleurs Fopinion ; I'autre elait sanguinaire et sans vertu. Le mdrite du premier tlait efface par les vices du dernier. L'homme dominait le g6ndral: voils pourquoi il se fit maudire. Les Indigenes, n'ayant plus de guerre a soutenir dans l'Ouest ni dans le Sud, se porterent en masse vers le Nord, ohi unc derniere champagne devait decider du sort de la colonies. Ils marcherent sous la conduite de Romulus. L'armee Btait belle, nun comme tenue et come -discipline, mais come altitude et comme nombre: clle s'dlevait a plus de vingt mille hommes. La guerre avait faith des volontaires de 1'ind6pendance de vdritables soldats. 1ls s'6taient forms l PIcole du danger. L'habitude du feu et la haine de l'esclavage avaicnt engendrd en eux un souverain mepris de la mort. II n'y avait pas un de ces hommes qui ne fit pret i donner sa vie pour la liberty. On se battait depuis treize ans h Saint-Domingue. Les officers de l'armde indigene n'avaient pas ms le meme Age militaire. Les ainds de la revolution s'dlaient fail connaitre dans les annees 1790 et 4791 ; leurs brevets dataient de l'bre de la republique
DEPART DE L'ARMIE FRANCHISE 283 i anCaise : aussi avaient-ils 6td longtemps des rdpublicains enthousiastes, des patriots exaltds : ils ne songerent a etre ind6pendants, que quand on leur apprit i ne plus avoir foi en la m6tropole. Accuser la France de n'avdir pas su s'approprier ces dldments pr6cieux qui lui assuraient h jamais la possession de sa plus riche colonies, ce serait rep6ter ce que nous avons dit tant de fois dans le course de ce recil, et revenir eternellement sur des fails passes sans retour. L'heure des regrets n'est plus. L'heure pr6sentc est celle de l'histoire, qu'elle soit aussi celle de I'apothdose pour les plus grands hommes de notre pays !.. Des officers, moins anciens, avaient recu leurs premiers grades dans lesjours ndfastes de nos luttes intestines. Ils avaient m6rit6 ces distinctions et le prouverent. Mais, chose visiblement empreinte du doigt de Dieu la guerre civil a laquelle la m6tropole n'avait pas Wtd ktrangbre, qui avait Wte du mooins 'oeuvre de ses agents, avait exere aux combats la moiti6 de la population civil de Saint-Domingue, et produisit des guerriers qui semblaient avoir et0 forms expres pour s'opposer plus tard an couprle dessein de la France.. C'est en cela peut-ktre que cette guerre fut utile, sans cesser d'etre apres tout une calamity publique, un deuil g6ndral, une fletrissure pour les artisans de cette 6pouvantable
discord, une home, un records pour les deux freres. Les plus jeunes des officers de l'armde indigiune devaient Icurs epaulettes A la guerre actuelle. I's avaient pris, depuis le commencement, une part active i la lutte qui finissait; ils allaient figure an triomphe de la revolution et s'asseoir an banquet de la patrie naissante. Leurs titres de gloire, poi;'r 'tre les plus rIcents, n'dtaient ni leS moins beaux, ni les moins 1egitimes. Tels dtaient les principaux membres de cc corps colossal qui s'agilait come un reptile giganlcsque sur la route de la capital. Cette place etait protdgde par une puissante ligne de fortifications exterieures, de trois on quatre blockhaus on postes fortifids construils sur des 6minences, heriss6s de canons de gros calibre et confids a la vigilance de fortes garnisons. C'est contre ces fortifications qu'il fallait marcher: Les Indig6nes dressbrent une batteries contre un des blockhaus ennemis. Le feu commenca. Au premier coup de canon, Rochambeau sortei la ville a la tote de ses mcilleures troupes, cavalerie et infanterie, ct se tint en observation, ne perdant aucun dltail de l'affaire d'ou, ddpendait le salut de
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la capital. II avait amend ine pikce de canon qui tira sans rcliche. Entre la place et Ics poses fortifies don't il a 616 question, 6tait un point que les Francais avaicnt ndglig6 d'occuper et auquel leurs adversaires attach6rent une grande importance, jugeant que de la on pourrait isoler la ville des fortifications exctrieures et s'en rendre aisement maitre. Mais la position n'dtait pas facile a atteindrc. Les indigenes avaient contre cux les feux crois6s de I'cnnemii, Plartillerie et la mousqueterie des blockhaus, - ind6pendamment du canon de Rochambeau, ct de serieuses difficulties de terrain. ls ne se rendirent compete de ces obstacles que pour mieux Ics vaincre; rien n'etait comparable h leur ardeur. L'arm6e se divisait ainsi: L'avant-garde, appuy6e d'une cavalcrie qui serait oppose au besoin a la cavalerie ennemic, ob6issait un g6n6ral [XLI] d'une valeur 6prouv6c; les principaux corps d'attaque 6taicnt dirig6s par deux g6ndraux [XLII] 6galement braves; un intr6pide g6ndral [XLIII] conduisait l'arri6re-garde ; un autre [XL V] qui avait recu a just titre le surnom de lTtillant, commandait la reserve. Les diffdrents corps s'6branlent, Romulus leur a parld ; il leur a monlr6 du doigt la position qu'il
ZoD STELLA faut prendre, dussent-ils disparaitre numnro par numero. Et, ses ordres donn6s, confiant dans la valeur de ses troupes, le fils de 1'Africaine s'assied sur une pierre, attendant un resultat qui pour lui n'est pas douteux. Les Indigenes marchent I'arme au bras, ainsi que le font d'habitude les Francais, leurs ennemis, qu'ils ont appris h imiter tout en les combattant, don't ils sont quelques-uns les descendants, tous les Iclves, et qu'ils savent honorer autant que le mdritenI ces premiers soldats du monde. Tons les postes tirent l'envi sur 'arm(e de Romulus ; la mitraille laboure ses rangs ; la mousquelerie la decime, des files entibres disparaissent, et pourtant elle advance d'un pas ferme. L'avantgarde est au pied de la fortification la plus rapprochie du chemin. Lh elle essuie un feu terrible. Quclque hesitation se manifesto parmi les soldats. Leur g6ndral les soutient, les press. Is tentent vigourcusement le passage, mais Partillerie ennemie multiple ses coups et jette la confusion dans leurs rangs. Le dCsordre des Indigenes semble vouloir se changer en fuite. Les Francais sortent de leurs retranchements et s'appretent i les poursuivre. Ils n'ennt pas le temps. La courageuse avant garde, ramende proiptement au feu par son general, les oblige a
DEPART DE L'ARME FRANC.\ISE 287 rentrer dans la fortification centre laquclle ellc sc pricipite avec fureur. La mousquelerie et 'artilleric vomissent le fer et la flamme. L'infatigable ardeur des indighnes a remonter ce courant de fen, Icurs efforts d6sesprd6s, leur acharnement, leur rage, tous les prodiges d'une hdroique constance, toute la furie de l'attaque et de la defense, routes les incertitudes de la victoire, 6clatent dans cc combat et forment un spectacle digne d'int6rit qui absorb 1'attention des deux camps. L'avant-garde, repoussde plusieurs fois et plusieurs fois revenue a la charge, n'a perdu ni gagn6 de terrain. L'impatience de son general s'irrite : il la harangue ct la lance imp6tueusement centre une batteries qu'il veut enlever. On le voit de loin presser de l'dperon le flanc de son cheval qui bondit h la tele de la colonne. Elle monte i 1'assaut, touched d6dj aux palissades, quand une dccharge foudroyante la rejette en arribre. Le cheval du gdndral est tu6. II roule avec l'animal au milieu du chemin. On le croit mort lui-mdme ; mais il se relive, poudre et sanglant, agite son 6pde et command : En avantl... Soudain, un bruit se fait entendre du c6td oil se trouve RochamLeau. Son armee crie spontandment : Bravo Un roulenient de tainbours succede i ce cri. Le combat cesse instantandment
et un cavalier franCais vient, au nom du capitainegdndral, filiciter le gindral qui s'est covert de tant de gloire. Le compliment etait flatteur, surtout dans la bouche de Rochambeau: nous avons rendu plus haut justice h sa vaillance ; cette quality se rdunissait en lui par malheur a des vices qu'elle ne rachetait pas; on so rend ndanmoins compete de l'enthousiasme chevalcresque que lui inspire un trait d'hdroisinm qu'il pouvait si bien :ppricicr. En partant de Saint-Domingue, il se souvint du general qui avait excite un si haut point son admiration, et lui envoya, come derniere marque d'estime, un de ses plus beaux chevaux de bataille. Le combat, un moment interrompu, recommence. Les corps d'attaque viennent preter leur appui h cette vaillante avant-garde qui a cruellement souffert. L'arriBre-garde et la reserve donnent successivement. Enfin, le passage est force et la position, qui doit tout decider, tombe au pouvoir des Indigenes. A pine Iont-ils conquise, qu'ils travaillent h s'y mettre a convert. Mais il faut en meme temps r6sister h l'cnnemi, don't tous les efforts tendent a s en ddlogcr : leur sang rougit le sol. Au plus fort de la lutte, survint une abondante pluic qui 6tcignit le feu .des batteries et rendit l'u-
DEPART DE L'ARMEE FRANCAISE 289 s ige des fusils impossible. L'orage du ciel mit fin a I'orage de la terre. 11 dtait presque nuit. Le combat avait durd prbs de douze heures. Aprbs I'orage, Romulus se rendit au milieu des troupes qui avaient eu l'honneur de cette sanglante journde, oi~ les gendraux avaient fait assault d'intrdpidite avec les soldats. II loua leur noble conduit. Le combat devait recommencer le lendemain avec le jour. 11 donna des ordres en consequence, et revint h son quarter gdndral. De son c6td, Rochambeau etait entrd dans la ville. Temoin de la resolution avec laquelle agissaient les indigenes, s'attendant h voir l'atlaque se renouveler le lendemain dans des conditions plus favorables pour eux, sachant que la place, mal pourvue de vivres et de soldats, dtait hors d'itat de resister et voulant la preserver du sac, du pillage, auquel elle etait expose dans le cas oil elle serait emportie d'assaut, Rochambeau concut, h l'heure m6me, le project d'une capitulation. 11 envoya, vers minuit, un officer, savoir si Romulus dtait disposed h 6couter ses propositions. D6ji les garnisons de quelques-unes de ces fortificai ns extdrieures, contre lesquelles les indigines avaient eu.tant a letter, notamment celle d'un poste c6lebre [XLV], qu'illustra leur valeur et celle de l'ennemi, s'dlaient replies sur la ville.
290 STELLA. Romulus d6clara an messagcr de Rochambeau qu'il n'entendrait qu'un envoy revetu de pouvoirs n6cessaires pour traiter avec lui; il prIvint, en outre, officerr de son intention de continue vigoureusement ses operations, s'il n'y avait pas d'arrangement pris sur-le-champi Le meme officer apporta, le lendemain martin, une lettre du chef de l'etat-major general de I'arm6e franCaise, laquelle faisait connaitre a Romulus, que des negociations pour lI'vacuation de 1:i place ttaient entamdes avec les Anglais qui se tenaient devant le port, et demandait que les hostilitls fussent suspendues jusqu'a la fin des ndgociations. Le g6ndral en chef de l'armke indigene consentit i one trove seulement pour la journde. Le ddlai n'6tait pas trop court, si le trait pour ecquel il 6tait accord devait se conclure, mais il n'e'n fut rien. Les Anglais posbrent des conditions que Rochambeau crut devoir rejeter. II fit le mmme jour des ouvertures a Romulus. Une des difficultis de la ndgociation avec les Anglais etait relative h admission du Colon a la Jamaique : ilslui refusaient meme un asile prov re dans leur colonies : ils etaient las de lui !... C'ktaient pourtant d'anciens et bons amis, du moins en apparence. Les Anglais avaient profit de