Livre 1 — Chapitre XI La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 11 de 182
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Livre 1 — Chapitre XI

Livre 1 — Chapitre XI

L'année ayant été bonne, Claes acheta pour sept florins un âne & neuf rasières de

pois, & il monta un matin sur sa bête. Ulenspiegel se tenait en croupe derrière lui.

Ils allaient, en cet équipage, saluer leur oncle & frère aîné, Josse Claes, demeurant

non loin de Meyberg, au pays d'Allemagne.

Josse, qui fut simple & doux de coeur en son bel âge, ayant souffert de diverses

injustices, devint quinteux; son sang tourna en bile noire, il prit les hommes en haine

& vécut solitaire.

Son plaisir fut alors de faire s'entre-battre deux soi-disant fidèles amis; & il baillait

trois patards à celui des deux qui daubait l'autre le plus amèrement.

Il aimait aussi de rassembler, en une salle bien chauffée, des commères en grand

nombre & des plus vieilles & hargneuses, & leur donnait à manger du pain rôti & à

boire de l'hypocras.

Il baillait à celles qui avaient plus de soixante ans de la laine à tricoter en quelque

coin, leur recommandant,au demeurant, de bien toujours laisser croître leurs ongles.

Et c'était merveille à entendre que les gargouillements, clapotements de langue,

méchants babils, toux & crachements aigres de ces vieilles hou-hous, qui, leurs

affiquets sous l'aisselle, grignotaient en commun l'honneur du prochain.

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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Quand il les voyait bien animées, Josse jetait dans le feu une brosse, du rôtissement

de laquelle l'air était tout soudain empuanti.

Les commères alors, parlant toutes à la fois, s'entre-accusaient d'être la cause

de l'odeur; toutes niant le fait, elles se prenaient bientôt aux cheveux, & Josse jetait

encore des brosses dans le feu & par terre du crin coupé. Quand il n'y pouvait plus

voir, tant la mêlée était furieuse, la fumée épaisse & la poussière haut soulevée, il

allait quérir deux siens valets déguisés en sergents de la commune, lesquels

chassaient les vieilles de la salle à grands coups de gaule, comme un troupeau

d'oies furieuses.

Et Josse, considérant le champ de bataille, y trouvait des lambeaux de cottes, de

chausses, de chemises & vieilles dents.

Et bien mélancolique il se disait:

- Ma journée est perdue, aucune d'elles n'a laissé sa langue dans la mêlée.

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