Livre 3 — Chapitre XIX La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 123 de 182
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Livre 3 — Chapitre XIX

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Un aigre vent soufflait. Le soleil, clair comme jeunesse le matin, grisonna comme

homme vieux. Une pluie grêleuse tomba.

La pluie ayant cessé, Ulenspiegel se secoua, disant:

- Le ciel qui boit tant de vapeurs doit se soulager quelquefois.

Une autre pluie plus grêleuse que la première s'abattit sur les deux compagnons.

Lamme geignait:

- Nous étions bien lavés, faut-il qu'on nous rince maintenant!

Le soleil reparut, & ils califourchonnèrent allègres.

Une pluie tomba si grêleuse & meurtrière qu'elle hachait menu, comme d'un tas

de couteaux, les branches sèches des arbres.

Lamme disait:

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- Ho! un toit! Ma pauvre femme! Où êtes-vous, bon feu, doux baisers & soupes

grasses?

Et il pleurait, le gros homme.

Mais Ulenspiegel:

- Nous nous lamentons, dit-il, n'est-ce pas de nous-même, toutefois, que nous

viennent nos maux? Il pleut sur nos épaules, mais cette pluie de décembre fera

trèfles de mai. Et les vaches meugleront d'aise. Nous sommes sans abri, mais que

ne nous mariions-nous? Je veux dire, moi, avec la petite Nele, si belle & si bonne,

qui me ferait maintenant une bonne étuvée de boeuf aux fèves. Nous avons soif

malgré l'eau qui tombe, que ne nous fîmes-nous ouvriers constants en un seul état?

Ceux qui sont reçus maîtres ont dans leurs caves de pleins tonneaux de bruinbier.

Les cendres de Claes battirent sur son coeur, le ciel se fit clair, le soleil y brilla &

Ulenspiegel dit:

- Monsieur du soleil, grâces vous soient rendues, vous nous réchauffez les reins;

cendres de Claes, vous nous réchauffez le coeur, & nous dites que ceux-là sont

bénis qui vaguent pour la délivrance de la terre des pères.

- J'ai faim, dit Lamme.

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