Livre 3 — Chapitre XXXVII La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 141 de 182
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Livre 3 — Chapitre XXXVII

Livre 3 — Chapitre XXXVII

Depuis longtemps, au pays de Damme & dans les environs, avaient été commis

plusieurs crimes abominables. Fillettes, jeunes gars, hommes vieux, que l'on savait

s'en être allés chargés d'argent vers Bruges, Gand ou quelque autre ville ou village

de Flandre, furent trouvés morts, nus comme des vers & mordus à la nuque par

des dents si longues & si aiguës que l'os du cou était cassé à tous.

Les médecins & chirurgiens-barbiers déclarèrent que ces dents étaient celles

d'un grand loup. ‘Des larrons, disaient-ils, étaient venus sans doute, après le loup,

& avaient dépouillé les victimes.’

Nonobstant toutes recherches, nul ne put découvrir quels étaient les larrons.

Bientôt le loup fut oublié.

Plusieurs notables bourgeois, qui s'étaient mis fièrement en route sans escorte,

disparurent sans que l'on sût ce qu'ils étaient devenus, sauf parfois que quelque

manant, allant au matin pour labourer la terre, trouvait des traces de loup dans son

champs, tandis que son chien, creusant de ses pattes les sillons, mettait au jour un

pauvre corps mort & portant les dents du loup marquées sur la nuque ou sous

l'oreille, & maintes fois aussi

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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à la jambe, & toujours par derrière. Et toujours aussi l'os du cou & de la jambe était

brisé.

Le paysan, peureux, allait tout soudain donner avis au bailli qui venait avec le

greffier criminel, deux échevins & deux chirurgiens au lieu où gisait le corps de

l'occis. L'ayant visité diligemment & soigneusement, ayant parfois, quand le visage

n'était point mangé par les vers, reconnu sa qualité, voire son nom & lignage, ils

s'étonnaient toutefois que le loup, qui tue par faim, n'eût point enlevé de morceau

du mort.

Et ceux de Damme furent bien effrayés, & nul n'osait plus sortir la nuit sans

escorte.

Or il advint que plusieurs vaillants soudards furent envoyés à la recherche du

loup, avec ordre de le chercher, de jour & de nuit, dans les dunes, le long de la mer.

Ils étaient alors près de Heyst, dans les grandes dunes. La nuit était venue. L'un

d'eux, confiant en sa force, voulut les quitter pour aller seul à la recherche, armé

d'une arquebuse. Les autres le laissèrent faire, certains que, vaillant & armé comme

il l'était, il tuerait le loup si celui-ci osait se montrer.

Leur compagnon étant parti, ils allumèrent du feu & jouèrent aux dés en buvant

à même à leurs flacons de brandevin.

Et de temps en temps, ils criaient:

- Or çà, camarade, reviens; le loup a peur; viens boire!

Mais il ne répondait point.

Soudain, entendant un grand cri comme d'un homme qui meurt, ils coururent du

côté où le cri était parti, disant:

- Tiens bon, nous venons à la rescousse.

Mais ils furent longtemps avant de trouver leur camarade, car les uns disaient

que le cri était venu de la vallée, & les autres de la plus haute dune.

Enfin, ayant bien fouillé dune & vallée avec leurs lanternes, ils trouvèrent leur

compagnon mordu à la jambe & au bras, par derrière, & le cou brisé comme les

autres victimes.

Couché sur le dos, il tenait son épée dans sa main crispée; son arquebuse gisait

sur le sable. A côté de lui étaient trois doigts coupés, qu'ils emportèrent & qui

n'étaient point les siens. Son escarcelle avait été enlevée.

Ils prirent sur leurs épaules le cadavre de leur compagnon, sa bonne épée & sa

vaillante arquebuse, &, dolents & colères, ils portèrent le corps

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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au bailliage où le bailli le reçut en la compagnie du greffier criminel, de deux échevins

& de deux chirurgiens.

Les doigts coupés furent examinés & reconnus pour être des doigts de vieillard,

lequel n'était manouvrier en aucun métier, car les doigts étaient effilés & les ongles

en étaient longs comme ceux des hommes de robe ou d'église.

Le lendemain, le bailli, les échevins, le greffier, les chirurgiens & les soudards

allèrent à la place où avait été mordu le pauvre mort & virent qu'il y avait des gouttes

de sang sur les herbes & des pas qui allaient jusqu'à la mer où ils s'arrêtaient.

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