Livre 4 — Chapitre II
Livre 4 — Chapitre II
Les premiers jours de mai, par un ciel clair, le navire voguant fièrement sur le flot,
Ulenspiegel chanta:
Les cendres battent sur mon coeur.
Les bourreaux sont venus, ils ont frappé
Par le poignard, le feu, la force & le glaive.
Ils ont payé l'espionnage vil.
Où était Amour & Foi, vertus douces,
Ils ont mis Délation & Méfiance.
Que les bouchers soient frappés,
Battez le tambour de guerre.
Vive le Gueux! Battez le tambour!
La Briele est prise,
Et aussi Flessingue, clef de l'Escaut;
Dieu est bon, Camp-Veere est prise,
Où était l'artillerie de Zélande?
Nous avons balles, poudre & boulets,
Boulets de fer & boulets de fonte.
Dieu est avec nous, qui donc contre?
Battez le tambour de guerre & gloire!
Vive le Gueux! Battez le tambour!
Le glaive est tiré, hauts soient nos coeurs,
Fermes nos bras, le glaive est tiré.
Foin du dixième denier l'entier de ruine,
Mort au bourreau, la hart au spoliateur.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
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A roi parjure peuple rebelle.
Le glaive est tiré pour nos droits,
Pour nos maisons, nos femmes & nos enfants.
Le glaive est tiré, battez le tambour!
Hauts sont nos coeurs, fermes nos bras.
Foin du dixième denier, foin de l'infâme pardon.
Battez le tambour de guerre, battez le tambour!
Oui, compères & amis, dit Ulenspiegel, oui, ils ont dressé à Anvers, devant la Maison
Commune, un éclatant échafaud couvert de drap rouge; le duc y est assis comme
un roi sur son trône au milieu des estafiers & des soudards. Voulant sourire
bénévolement, il fait aigre grimace. Battez le tambour de guerre!
Il a octroyé un pardon: faites silence: sa cuirasse dorée reluit au soleil, le grand
prévôt est à cheval à côté du dais: voici venir le héraut avec ses timbaliers; il lit:
c'est le pardon pour tous ceux qui n'ont point péché; les autres seront punis
cruellement.
Oyez, compères, il lit l'édit qui commande, sous peine de rébellion, le payement
des dixième & vingtième deniers.
Et Ulenspiegel chanta:
O duc! entends-tu la voix du populaire,
La forte rumeur? C'est la mer qui monte
Au temps des grandes houles.
Assez d'argent, assez de sang,
Assez de ruines! Battez le tambour!
Le glaive est tiré. Battez le tambour de deuil!
C'est le coup d'ongle sur la plaie saignante,
Le vol après le meurtre. Te faut-il donc
Mêler tout notre or à notre sang pour le boire?
Nous marchions dans le devoir féaux
A Sa Majesté Royale, Sa Majesté est parjure.
Nous sommes dégagés de serments. Battez le tambour de guerre.
Duc d'Albe, duc de sang,
Vois ces échoppes & ces boutiques fermées,
Vois ces brasseurs, boulangers, épiciers,
Refusant de vendre pour ne payer point.
Qui donc te salue quand tu passes?
Personne. Sens-tu, comme un brouillard de peste,
Haine & Mépris l'environner?
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
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La belle terre de Flandres,
Le joyeux pays de Brabant,
Sont tristes comme, des cimetières.
Là où jadis, au temps de liberté,
Chantaient les violes, glapissaient les fifres,
Sont le silence & la mort.
Battez le tambour de guerre.
Au lieu des faces joyeuses
De buveurs & d'amoureux chantants,
Sont les pâles visages
De ceux qui attendent, résignés,
Le coup du glaive de l'injustice.
Battez le tambour de guerre.
Nul n'entend plus dans les tavernes
Le cliquetis joyeux des pintes,
Ni la claire voix des filles
Chantant par troupes dans les rues.
Et Brabant & Flandres, pays de joie,
Sont devenus pays de larmes.
Battez le tambour de deuil.
Terre des pères, souffrante aimée,
Ne courbe point le front sous le pied du meurtrier.
Abeilles laborieuses, ruez-vous par essaims
Sur les frêlons d'Espagne.
Cadavres des femmes & filles enterrées vives,
Criez à Christ: Vengeance!
Errez la nuit dans les champs; pauvres âmes,
Criez vers Dieu! Le bras frémit pour frapper.
Le glaive est tiré, duc, nous t'arracherons les entrailles
Et t'en fouetterons le visage.
Battez le tambour. Le glaive est tiré.
Battez le tambour. Vive le Gueux!
Et tous les mariniers & soudards du navire d'Ulenspiegel & ceux aussi des navires
chantaient pareillement:
Le glaive est tiré, vive le Gueux!
Et leurs voix grondaient comme un tonnerre de délivrance.
Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel
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