Livre 3 — Chapitre XV La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 119 de 182
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Livre 3 — Chapitre XV

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On était pour lors à la fin d'octobre. L'argent manquait au prince, son armée eut

faim. Les soudards murmuraient, il marcha vers la France & présenta la bataille au

duc, qui ne l'accepta point.

Partant de Quesnoy-le-Comte pour aller vers le Cambrésis, il rencontra dix

compagnies d'Allemands, huit enseignes d'Espagnols & trois cornettes de

chevau-légers, commandés par don Ruffele Henricis fils du duc, qui était au milieu

de la bataille, & criait en espagnol:

- Tue! tue! Pas de quartier! Vive le pape!

Don Henricis était alors vis-à-vis la compagnie d'arquebusiers où Ulenspiegel

était dizenier, & se lançait sur eux avec ses hommes. Ulenspiegel dit au sergent de

bande:

- Je vais couper la langue à ce bourreau.

- Coupe, dit le sergent.

Et Ulenspiegel, d'une balle bien tirée, mit en morceau la langue & la mâchoire de

don Ruffele Henricis, fils du duc.

Ulenspiegel abattit aussi de son cheval le fils du marquis Delmarès.

Les huit enseignes, les trois cornettes furent battues.

Après cette victoire, Ulenspiegel chercha Lamme dans le camp, mais ne le trouva

point.

- Las! dit-il, voici qu'il est parti, mon ami Lamme, mon ami gros. En son ardeur

guerrière, oubliant le poids de sa bedaine, il aura voulu poursuivre les fuyards

espagnols. Hors de souffle, ii sera tombé comme sac sur le chemin. Et ils l'auront

ramassé pour en avoir rançon, rançon de lard chrétien. Mon ami Lamme, où donc

es-tu, où es-tu, mon ami gras?

Ulenspiegel le chercha partout, &, ne le trouvant point, brassa mélancolie.

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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