Livre 4 — Chapitre VII La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 156 de 182
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Livre 4 — Chapitre VII

Livre 4 — Chapitre VII

Sur les houlques de Zélande, sur les boyers, croustèves, s'en va Thyl Claes

Ulenspiegel.

La mer libre porte les vaillants flibots sur lesquels sont huit, dix ou vingt pièces

toutes en fer: elles vomissent mort & massacre sur les traîtres Espagnols.

Il est expert canonnier, Thyl Ulenspiegel, fils de Claes; il faut voir comme il pointe

juste, vise bien & troue comme un mur de beurre les carcasses des bourreaux.

Il porte au feutre le croissant d'argent, avec cette inscription: Liever den Turc als

den Paus. Plutôt servir le turc que le pape.

Les matelots qui le voient monter sur leurs navires, leste comme un chat, subtil

comme un écureuil, chantant quelque chanson, disant quelque joyeux propos,

l'interrogeaient curieux:

- D'où vient-il, petit homme, que tu aies l'air si jeunet, car on dit qu'il y a longtemps

que tu es né à Damme?

- Je ne suis point corps, mais esprit, dit-il, & Nele, m'amie, me ressemble. Esprit

de Flandre, Amour de Flandre, nous ne mourrons point.

- Toutefois, dirent-ils, quand on te coupe tu saignes.

- Vous n'en voyez que l'apparence, répondit Ulenspiegel; c'est du vin & non du

sang.

- Nous te mettrons une broche au ventre.

- Je serais seul à me vider, répondit Ulenspiegel.

- Tu te gausses de nous.

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- Celui qui bat la caisse entendra le tambour, répondait Ulenspiegel.

Et les bannièresbrodées des processionsromainesflottaientaux mâts des navires.

Et vêtus de velours, de brocart, de soie, de drap d'or & d'argent, tels qu'en ont les

abbés aux messes solennelles,portant la mitre & la crosse, buvant le vin des moines,

les Gueux faisaient la garde sur les vaisseaux.

Et c'était spectacle étrange de voir sortir de ces riches vêtements ces mains rudes

qui portaient l'arquebuse ou l'arbalète, la hallebarde ou la pique, & tous hommes à

la dure trogne, ceints par-dessus de pistolets & de coutelas reluisant au soleil, &

buvant dans des calices d'or le vin abbatial devenu le vin de liberté.

Et ils chantaient & ils criaient: ‘Vive le Gueux!’ & ainsi ils couraient l'Océan &

l'Escaut.

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