Livre 2 — Chapitre III La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 88 de 182
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Livre 2 — Chapitre III

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Cependant Lamme revint suant à grosses gouttes & soufflant comme un dauphin.

- Las! dit-il, je suis né sous une mauvaise étoile. Après avoir dû bien courir pour

arriver à cette femme qui n'était point mienne & qui était âgée, je vis à son visage

qu'elle avait bien quarante-cinq ans, & à sa coiffe qu'elle n'avait jamais été mariée.

Elle me demanda aigrement ce que je venais faire avec ma bedaine dans les trèfles?

- Je cherche ma femme, qui m'a laissé, répondis-je avec douceur, &, vous prenant

pour elle, j'ai couru vers vous.

A ce propos, la fille âgée me dit que je n'avais qu'à m'en retourner d'où j'étais

venu, &, que si ma femme m'avait quitté, elle avait bien fait, attendu que tous les

hommes sont larrons bélîtres, hérétiques, déloyaux, empoisonneurs, trompant les

filles malgré la maturité de leur âge, & qu'au demeurant elle me serait manger par

son chien si je ne troussais mon bagage au plus vite.

Ce que je fis, non sans crainte; car j'aperçus un gros mâtin couché & grondant à

ses pieds. Quand j'eus franchi la limite de son champ, je m'assis, &, pour me refaire,

je mordis à ton morceau de jambon. Je me trouvais alors entre deux pièces de trèfle;

soudain j'entendis du bruit derrière moi, &, me retournant, je vis le grand mâtin de

la fille âgée, non plus menaçant, mais balançant la queue avec douceur & appétit.

Il en voulait à mon jambon. Je lui en baillai donc quelques menus morceaux, quand

survint sa maîtresse, laquelle cria:

- Happe l'homme! happe aux crocs, mon fils.

Et moi de courir, & à mes chausses le gros mâtin, qui m'en enleva un morceau

& de la viande avec le morceau. Mais me fâchant à cause de la douleur, je lui baillai,

en me retournant sur lui, un si fier coup de bâton sur les pattes de devant, que je

lui en cassai au moins une. Il tomba, criant en son langage de chien: ‘Miséricorde!’

que je lui octroyai. Dans l'entre-temps, sa maîtresse me jetait de la terre à défaut

de pierres, & moi de courir.

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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Las! n'est-il point cruel & injuste que, parce qu'une fille n'eut point assez de beauté

pour trouver un épouseur, elle s'en venge sur de pauvres innocents comme moi?

Je m'en fus toutefois mélancoliantau kaberdoesjeque tu m'avais indiqué, espérant

y trouver la bruinbier de consolation. Mais je fus trompé, car en y entrant je vis un

homme & une semme qui se battaient. Je demandai qu'ils daignassent interrompre

leur bataille pour me donner un pot de bruinbier, ne fût-ce qu'une pinte ou six; mais

la femme, vraie stokfisch, furieuse, me répondit que, si je ne déguerpissais au plus

vite, elle me ferait avaler le sabot avec lequel elle frappait sur la tête de son homme.

Et me voici, mon ami, bien suant & bien las: n'as-tu rien à manger?

- Si, dit Ulenspiegel.

- Enfin! dit Lamme.

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