Livre 2 — Chapitre XVI La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 101 de 182
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Livre 2 — Chapitre XVI

Livre 2 — Chapitre XVI

Ulenspiegel étant à Gand au mois de l'orge, qui est octobre, vit d'Egmont revenant

de nopcer & festoyer en la noble compagnie de l'abbé de Saint-Bavon. D'humeur

chantante, il faisait rêvassant aller au pas son cheval. Soudain il avisa un homme

qui, tenant une lanterne allumée, marchait à côté de lui.

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- Que me veux-tu? demanda d'Egmont.

- Du bien, répliqua Ulenspiegel, bien de lanterne quand elle est allumée.

- Va-t'en & me laisse, répondit le comte.

- Je ne m'en irai pas, repartit Ulenspiegel.

- Tu veux donc recevoir un coup de fouet?

- J'en veux recevoir dix, si je puis vous mettre dans la tête une telle lanterne que

vous voyiez clair d'ici à l'Escurial.

- Il ne me chault de ta lanterne ni de l'Escurial, répondit le comte.

- Eh bien, moi, répondit Ulenspiegel, il me brûle de vous donner un bon avis.

Puis, prenant par la bride le cheval du comte, ruant & se cabrant:

- Monseigneur, dit-il, songez que maintenant vous dansez bien sur votre cheval

& que votre tête danse aussi très-bien sur vos épaules; mais le roi veut, dit-on,

interrompre cette belle danse, vous laisser votre corps, mais prendre votre tête &

la faire danser en des pays si lointains que vous ne la pourrez jamais rattraper.

Donnez-moi un florin, je l'ai gagné.

- Du fouet, si tu ne te retires, méchant donneur d'avis.

- Monseigneur, je suis Ulenspiegel, fils de Claes, brûlé vif pour la foi, & de Soetkin,

morte de douleur. Les cendres battant sur ma poitrine me disent que d'Egmont, le

brave soldat, peut avec la gendarmerie qu'il commande opposer au duc d'Albe ses

troupes trois fois victorieuses.

- Va-t'en, répondit d'Egmont, je ne suis point traître.

- Sauve les pays; seul tu le peux, dit Ulenspiegel.

Le comte voulut fouetter Ulenspiegel; mais celui-ci ne l'avait pas attendu &

s'enfuyait en criant:

- Mangez des lanternes, mangez des lanternes, messire comte. Sauvez les pays.

Un autre jour, d'Egmont ayant soif s'était arrêté devant l'auberge de In 't bondt

verkin - Au cochon bigarré, - tenu par une femme de Courtrai, mignonne commère

nommée Musekin, la Petite Souris.

Le comte, se dressant sur ses étriers, cria:

- A boire!

Ulenspiegel, qui servait la Musekin, vint près du comte en tenant d'une main un

hanap d'étain & de l'autre un plein flacon de vin rouge.

Le comte le voyant: - Te voilà, dit-il, corbeau de noir augure?

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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- Monseigneur, répondit Ulenspiegel, si mon augure est noir, c'est qu'il est mal lavé;

mais me direz-vous quel est le plus rouge du vin qui entre par le gosier ou du sang

qui jaillit par le cou? C'est ce que demandait ma lanterne.

Le comte ne répondit point, but, paya & partit.

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