Livre 3 — Chapitre III La Légende d’Ulenspiegel · Capítulo 108 de 182
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Livre 3 — Chapitre III

Livre 3 — Chapitre III

- L'as-tu vu passer? dit Ulenspiegel vêtu en bûcheron à Lamme pareillement

accoutré. As-tu vu le vilain duc avec son front plat au-dessus comme celui de l'aigle,

& sa longue barbe qui est comme bout de corde pendant à une potence? Que Dieu

l'en étrangle! Tu l'as vue cette araignée avec ses longues pattes velues que Satan,

en son vomissement, cracha sur nos pays? Viens, Lamme, viens; nous allons jeter

des pierres dans la toile...

- Las! dit Lamme, nous serons brûlés tout vifs.

- Viens à Groenendael, mon ami cher; viens à Groenendael, là est un beau cloître

où Sa Ducalité Arachnéenne va prier le Dieu de paix de lui laisser parfaire son

oeuvre qui est d'ébattre ses noirs esprits dans les charognes. Nous sommes en

carême & ce n'est que de sang que ne veut point jeûner Sa Ducalité. Viens, Lamme,

il y a cinq cents cavaliers armés autour

Charles de Coster, La légende d'Ulenspiegel

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de la maison d'Ohain; trois cents piétons sont partis par petites troupes & entrent

dans la forêt de Soignes.

Tantôt; quand d'Albe fera ses dévotions, nous lui courrons sus, & l'ayant pris, le

mettrons dans une belle cage de fer & l'enverrons au prince.

Mais Lamme, frissant d'angoisse: - Grand danger, mon fils, dit-il à Ulenspiegel.

Grand danger! Je te suivrais en cette entreprise si mes jambes n'étaient si faibles,

si ma bedaine n'était si gonflée à cause de l'aigre bière qu'ils boivent en cette ville

de Bruxelles.

Ces propos se tenaient en un trou du bois creusé dans la terre, au milieu du

fourré. Soudain, regardant à travers les feuilles comme l'oeil d'un terrier, ils virent

les habits jaunes & rouges, des soudards du duc, dont les armes brillaient au soleil,

& qui allaient à pied dans le bois.

- Nous sommes trahis, dit Ulenspiegel.

Quand il ne vit plus les soudards, il courut le grand trotton jusques à Ohain. Les

soudards le laissèrent passer sans être remarqué, à cause de son costume de

bûcheron & de la charge de bois qu'il portait sur le dos. Là, il trouva les cavaliers

attendant; il sema la nouvelle, tous se dispersèrent & s'échappèrent, sauf le sire de

Beausart d'Armentières qui fut pris. Quant aux piétons qui venaient de Bruxelles,

on n'en put trouver un seul. Le sire de Beausart paya cruellement pour les autres.

Er ce fut un lâche traître du régiment du sieur de Likes qui les trahit tous.

Ulenspiegel alla, le coeur battant d'angoisse, voir au Marché aux bêtes, à

Bruxelles, son cruel supplice.

Et le pauvre d'Armentières, mis sur la roue, reçut trente-sept coups de barre de

fer sur les jambes, sur les bras, les pieds & les mains, qui furent mis en pièces tour

à tour, car les bourreaux le voulaient voir souffrir cruellement.

Et il reçut sur la poitrine le trente-septième, dont il mourut.

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